9 – Le marais est traversé par la nationale. Une aire de parking permet d’accéder à la réserve naturelle. Sur le parking, Maryvonne attend dans son camping-car. Elle a ses habitués, les retraités de la station balnéaire, les commerciaux du secteur Grand-Ouest, les routiers espagnols. Les ornithologues amateurs ne font que la saluer et savent rester discrets pendant qu’elle travaille. Quand elle ne travaille pas, elle remplit des grilles de mots fléchés et de Sudoku.
« Alors Maryvonne ! tu sues du cul ? » Ça c’est Bernard, quinze ans d’habitudes et de bons mots.
– Chuuut… Maryvonne observe les perdreaux du jour qui se garent un peu plus loin et s’approchent du camion en faisant de petits cercles concentriques, avec des petits coups d’oeil craintifs et des petits signes de la queue.
– On dirait des rouges-gorges qui viendraient demander l’autorisation pour se faire tailler une plume ! » ricane Bernard, l’oie Bernard qui cacarde autour du camion.
Pffuit ! envolés les oiseaux. Maryvonne glapit contre Bernard.
Passent les heures. Un temps de cristal poudré entre la nationale et le marais. Les pendulaires à gauche, les migrateurs à droite. Un défilé ininterrompu de butors étoilés et de grèbes castagneux, de buses variables et de barges à queue noire, de râles d’eau et de cris d’orfraie, de chevaliers gambette et de prostates emboucanées, de linottes à queue grêle, de vanneaux huppés, de moineaux friquets, de torchepots et de pousse-au-cul, de fiertés nationales et de relents vaseux.
