Bonheur portatif

par Philippe Guerry


(Pour Julie)

11 – Tu cherches à embrasser le monde mais tes bras sont trop courts, tu t’en rends bien compte ma chérie. Tu es trop petite. Tes jambes suffisent à peine à te maintenir en équilibre. Et encore… quand bien même… on n’embrasse pas le monde avec ses jambes. Non : avec ses jambes, le monde… on l’enjambe.

Tu cherches à enjamber le monde maintenant, mais tes jambes sont trop courtes, tu t’en rends bien compte ma chérie. Tu es toujours trop petite. Il te faudrait beaucoup de temps. Et le temps passe vite, tu t’en rendra compte ma chérie. Et encore… quand bien même… on n’enjambe pas le monde avec du temps. Non : avec du temps, le monde… on l’entend.

Maintenant, tu cherches à entendre le monde mais tu entendrais le monde qu’il te faudrait du courage, tu t’en rends bien compte ma chérie. Il est trop grand ce monde. Il te faudrait beaucoup de courage. Et encore… quand bien même… on n’entend pas le monde avec du courage. Non : avec du courage, le monde… on l’encourage.

Tu cherches maintenant à encourager le monde et tu as bien du mérite. Avec tes bras trop courts et tes trop courtes jambes, je t’entends qui m’enjambe à toute vitesse, tandis que tu l’encourages : « Allez le monde ! quand bien même… viens-là que je t’embrasse ! »

Si j’avais tes bras ma chérie, tes jambes, ton temps, ton courage, je referais le monde à ton image, tu t’en rends bien compte ma chérie.

En attendant, cours ! à toute vitesse, le monde te mérite.