12 – Je vis chez vous. Après vous. Derrière vous. Dans vos espaces. À votre place. Je suis chez vous. Je connais votre emploi du temps. Chaque matin, j’attends en bas de chez vous, sur le trottoir d’en face, que vous partiez de chez vous. J’ai les codes. J’ai les clés. Je m’installe chez vous pour la journée. Je ne touche pas à grand chose. Je me repose. Je me repose de mes nuits d’errance. Je reprends des forces sur votre grand canapé. Je prends une douche. Je me réchauffe. Je panse mes plaies. Je parcours du doigt chaque titre de votre bibliothèque. J’essaie d’y comprendre quelque chose. Je renifle vos culottes. Je n’y comprends pas grand chose. C’est bien chez vous.
Je ne vis pas que chez vous. Je vis aussi chez d’autres. Après eux. Derrière eux. Dans leurs espaces. À leur place. J’ai mes quartiers. J’ai mes adresses. J’ai mes codes. J’ai mes clés. Je ne touche à rien. J’essaie d’y comprendre quelque chose. Je n’y comprends pas grand chose. Le même pas grand chose que chez vous. C’est bien aussi chez eux.
Je ne suis pas seul à vivre chez vous. Nous sommes nombreux à vous connaître, nombreux à passer chez vous. Nous formons une discrète communauté d’errants. Nous échangeons nos quartiers, nous échangeons nos adresses. Nous échangeons nos codes, nous échangeons nos clés. Nous nous donnons de vos nouvelles, nous parlons de votre emploi du temps. Nous parlons du grand canapé, de votre bibliothèque, de vos culottes. Nous n’y comprenons pas grand chose. C’est bien que ce soit chez vous.
