14 – Allez ma fille ! je suis jeune je suis jeune je suis jeune. Allez, tiens-toi droite, tiens ton sourire. Il faut que j’ai l’air jeune, il faut que j’ai l’air jeune, bon dieu ! il faut que je reste jeune, il faut que je sois jeune dans ma tête, il faut que je plaise aux jeunes, que je parle comme les jeunes, que je m’intéresse à ce qui intéresse les jeunes. Qu’est-ce qui intéresse les jeunes ? Je sais pas. Comprends pas. Pense jeune bon dieu ! pense jeune ! Putain ! j’arrive plus à suivre. Je m’essouffle rien qu’à les écouter parler. Qu’est-ce qu’ils disent ? Tiens ton sourire, suis la conversation, regarde au moins celui qui parle. Je comprends rien à ce qu’ils disent. Ils me regardent, ils ont un petit air désolé pour moi. Ils me vouvoient. Bon dieu ! ils me vouvoient. J’essaie d’être cool, de rire en même temps qu’eux, de rire quand ils rient et ils me vouvoient ! Ah mais merde ! en entrant dans la galerie j’étais jeune, j’avais l’air jeune, qu’est-ce qui s’est passé ? Ça marche pas, ça marche plus, ça doit se voir, ça se voit c’est sûr. Quelque chose déconne. Allez ma fille ! encore : je suis jeune je suis jeune je suis jeune. Bon dieu je vais m’abrutir à me répéter ça. J’ai déjà l’impression d’être saoule. Merde ! qu’est-ce qu’il m’a dit celui-là ? Souris ma fille, souris. Putain, y en a un qui me parle et j’ai pas suivi. Souris. Comment font les jeunes dans ce cas ? détaché ? cynique ? Peut-être qu’ils font répéter ? Pardon, excuse-moi ? Si je suis la mère du peintre ?
