Bonheur portatif

par Philippe Guerry


15 – Comment disparaître ? quel raccourci emprunter ? comment font les autres ? ils répètent les mêmes gestes, ils rationalisent les procédures domestiques, ils marivaudent dans des bruits de mixer. Je n’ai pas assez de temps, j’en ai déjà trop dépensé. Ou ils geignent, ils gémissent dans des bouteilles, ils bégaient en pleurant, en cherchant des épaules. Hors de question. Ou ils relâchent l’étreinte, ils plantent des poings dans des sommiers, ils miment les fondations branlantes de la passion, ils existent à peine au bout de l’aiguillon qui les relie au monde. Ils se dégonflent à la débandaison. Trop incertain. Ou ils tournent des clés. La clé de la porte d’entrée, la clé du portail, la clé du coffre, la clé de la voiture. Ils oublient leur passé sur une aire d’autoroute. Contre une somme dérisoire, ils actionnent un bras mécanique. De ce droit de passage, la nuit seule s’exonère. Derrière eux les danses nuptiales, derrière eux les danses macabres, derrière eux les cadavres exquis.