Les enfants se ramassent sur le tourniquet. Ils tournent de plus en plus vite. De grands éclats de rire fusent dans l’air brassé. Plus vite encore. La vitesse est telle qu’elle ne peut que s’achever par une chute sur le bitume de plastique vert. Je le sais, eux s’en doutent. Ils finiront à quatre pattes, livides et ivres de joie, s’étalant à même le sol, à deux doigts de la nausée, en attendant dans des expirations profondes, les yeux fermés pour ne pas vomir, que le monde se redresse. Ils seront concentrés sur leur respiration, sur la reprise de leur souffle. Puis se relevant d’un bond, encore saouls, ils iront aux balançoires, se jeter avec force d’avant en arrière, debout sur le siège, avec cet espoir secret de faire le tour complet de la barre transversale ou mieux, de sentir soudain la rupture des chaînes et leur possible envol. La chute toujours la chute. La chute et l’ivresse, plus vite encore. Sous mon entière responsabilité, c’est écrit à l’entrée.
