Les silhouettes des branches nues se détachent sur le ciel sombre orangé. Les arbres accrochent l’horizon. Le souffle de la nuit coule sous la plèvre givrée des écorces et nappe l’aube de tourbe froide. Le jour dévoile un fleuve gelé. Ici le fleuve ne gèle pas chaque hiver. Rejoindre l’autre rive reste un jeu dangereux. Je lance sur la glace des cailloux tirés de mes poches. Les pierres jetées glissent et forment sur le cours d’eau une ligne pointillée, la trace d’une découpe, quelques points à relier. Je tends d’un bord à l’autre un fil invisible. J’estime de l’œil l’épaisseur de la plaque. Mes jambes flageolent un peu au bord du précipice. L’air est léger, gris et piquant. Je frotte sur l’herbe humide la glaise de mes semelles. J’expire lentement en abaissant le nez pour ne pas réchauffer le fleuve de mon souffle. Le cœur palpite plus qu’à l’accoutumée. Ce matin le froid vif donne à ma promenade une tournure incertaine, lumineuse et fragile.
Le Fleuve, extrait #1, travail en cours
