Tu me parles toujours des mêmes paysages. Un ruisseau qui serpente, qui te chatouille les orteils, puis des ruisseaux, arrivant de partout, qui se concentrent pour faire des vagues, des petites vagues d’abord, qui font frémir tes mollets et font te mordre les lèvres, puis des vagues moyennes – et tu mimes alors de tout ton corps le mouvement de ces vagues – puis de grosses vagues – et ton corps dessine l’ample mouvement d’une onde – et puis tu me parles d’un torrent que forment ces ruisseaux, un torrent qui déplace des cailloux, un torrent puissant qui déborde ses berges, qui emporte tout, qui submerge, qui inonde, qui visiblement te fait perdre pied et – je ne comprends pas par où tu passes – toute cette quincaillerie fluviale débouche sur un volcan, un monstre éruptif, grondant, tellurique, qui après les pieds te fait perdre la tête, tu dis n’importe quoi, tu te crois n’importe où, des fumées blanches t’arrachent des larmes, tu cherches aveuglément ton souffle et du volcan tu distingues tu me décris une mer étale et une plage qu’on atteint sans effort en se laissant simplement couler le long d’une pente douce, une plage où déjà tu t’étires et relâches chacun de tes membres en poussant de très longs soupirs, terrassée par la chaleur moite et les morsures de lave.
Tu me parles toujours des mêmes paysages et quand tu jouis ça me rappelle les clichés des cartes postales de La Réunion. J’ai eu beau faire le même voyage, j’ai eu beau partager les mêmes transports, à moi me reviennent les démangeaisons, les ivresses pesantes, les ronflements de la clim et la brûlure dérisoire d’un petit coup de soleil sur les fesses.
Ci-dessus ma proposition sur le thème “Orgasmes”, un brin casse-gueule, publiée dans la prochaine livraison de la revue Dissonances, que l’on peut commander ici, ou acheter directement au Salon de la revue qui se tient les 11 et 12 octobre Espace des Blancs-manteaux, 48 rue vieille-du-temple à Paris 14ème, ou écouter à la soirée-lecture qui aura lieu le samedi 11 octobre à partir de 19 h à la librairie Le Monte-en-l’air, 71 rue de Ménilmontant, Paris 20ème.
Merci à eux.
