« Les enfants,
– Venez ici,
– papa et moi,
– avons
– quelque chose
– à vous dire.
– Quelque chose
– de difficile à dire,
– difficile
– parce que
– prendre une décision
– n’est pas dans nos habitudes ;
– parce que
– le courage
– relève souvent de l’artifice ;
– parce que
– papa et moi,
– nous n’en pouvons plus.
– Nous n’en pouvons plus
– de perdre du temps.
– Nous en avons déjà
– tellement perdu.
– C’est la fin
– de notre histoire commune.
– Quand papa et moi
– nous nous sommes connus,
– nous avons bu,
– nous avons goûté
– à l’ivresse profonde
– de la liberté,
– une drogue dure
– dont les effets
– se démultiplient
– quand on les vit
– à deux.
– et à deux seulement.
– Avec vous,
– depuis votre arrivée,
– et plus encore,
– maintenant
– que vous avez grandi,
– ce n’est plus pareil
– nous pensions
– partager cette ivresse,
– la voir
– vous bleuir les lèvres,
– vous libérer,
– vous rendre fou.
– Mais
– vous
– avez fait
– de nous
– des parents d’élèves,
– tristes et inquiets,
– des garde-chiourme,
– des caissiers,
– et nous ne pouvons pas
– l’accepter.
– Alors voilà,
– les enfants,
– papa et moi
– nous allons nous séparer
– de vous.
– Comme dans les contes,
– nous allons
– vous perdre
– en ville
– et il ne faudra pas
– nous chercher,
– il ne faudra pas
– nous retrouver,
– il ne faudra pas
– nous en vouloir,
– il ne faudra pas
– nous dire au revoir.
– En attendant,
– les enfants,
– allez vous laver
– une dernière fois
– les dents. »
