Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Les hommes finiraient par se taire

Mes paupières demeureraient fermées dans la lave suave du soleil. Un enfant retranscrirait le bavardage intempestif des becs de moineaux et des ailes d’insectes dans l’immobilité bleue. Ce serait l’heure de la sieste. Un chien se lècherait le cul. Les hommes finiraient par se taire. Il n’y aurait rien d’autre à faire que boire la paresse crue dans l’œuf jaune de la lumière. Une femme poserait son fardeau dans la poussière et remettrait tout à demain. Les mourants se mettraient à rire. Je mangerais avec les doigts l’instant juteux. Du sucre coulerait de ma bouche. Tu le boirais.

Thomas Vinau, Bleu de travail, La fosse aux ours