Aujourd’hui, je croise “échine“ dans Bleu de travail de Thomas Vinau (je triche toujours sur les dates, on reste dans la liquidation des vieux brouillons) :
“Je sais que les oiseaux n’ont pas d’épaules. Regardez-les rentrer leur cou. Faire le dos rond. Courber l’échine sous le jour. On dirait des hommes qui plient. Des questions qui s’enfoncent dans le sol.”
L’échine est au dos ce que la sente est au chemin : un plaisir de bouche de la littérature française, un bon pâté de lettres, à présenter non loin d’une immanquable “carcasse”, qui sent aussi la bête et l’écrivain dont les poils poussent à la pleine lune. Tiens, d’ailleurs, ça ne manque pas, regardez ce que je trouve à peine quelques pages plus loin :
“Smicard de l’aube et des pluies fines, le temps ne se paie pas à l’heure mais aux traces de godillots qu’il laisse sur ta carcasse.”
Humain, trop humain, à défaut d’être complètement bête, je reconnais sans honte avoir moi-même pratiqué l’échine (”Je voudrais retrouver un peu de sauvagerie, un peu de bave, une échine qui m’obéisse.“). Servie à température, l’échine accompagne idéalement le gibier, les fromages forts et les Lettres couillues.
Comme tout est bon dans le Vinau – et nonobstant mon végétarisme de bon aloi – cette échine-là, je la prends pour moi.
