Aujourd’hui, je croise “grouses” dans le Traité du zen et de l’art de la pêche à la mouche de John Gierach, traduit par Jacques Mailhos :
“Un moment, vous vous retrouvez à moins de quatre pieds d’un couple de grouses absolument candides.”
Croyez-moi, j’en croise souvent des grouses, des mots que je n’ai jamais vus, et mon propos ici n’est sûrement pas de tous les recenser. J’entends surtout marquer d’une note la surprise de lecture, le mot – rare ou pas – inattendu, ou au contraire tellement attendu. En entrant dans le Traité de zen… je m’attendais précisément à être vite noyé dans le vocable technique du pêcheur et la taxonomie piscicole pointue. Eh bien, pas du tout, ça se lit tout seul, au fil de l’eau, sans qu’aucune ligne accroche aucun lexique touffu. Jusqu’à ce couple de grouses, “absolument candides”, que je n’avais pas vu venir et qui me surprend un peu. Soit dit en passant, le Traité de zen… est un vrai bonheur de lecture :
“Ce que vous sentez dans votre canne ressemble plus à de l’inertie qu’à du combat, et l’étau de la panique commence à vous serrer la gorge. C’est un poisson du genre “Oh, merde !” que l’on ne rencontre qu’une ou deux fois par an.”
Ou celle-ci :
“Tous les pêcheurs le savent : les très grosses perches mangent – ou préfèrent manger – des animaux situés, dans la chaîne alimentaire, juste en dessous de ceux dont se régalent les alligators, c’est-à-dire les chiens et les petits enfants.”
Je découvre finalement que la grouse n’est que l’autre nom du lagopède d’Écosse. Plus tard encore, mais plus tard seulement, je finis par faire le lien avec un whisky connu pour la grouse fameuse qu’il arbore et qui lui donne son nom. Sous ces plumages-là, la candeur de ce couple littéraire m’apparaît plus clairement.
