Aujourd’hui, je croise “crémone” dans la bouche de ma sœur. Je ne vous la cite pas mais mon aînée me parlait d’une antique fenêtre qu’elle avait retrouvé inchangée lors de sa visite récente de la vieille maison de nos grands-parents maternels dans la pampa charentaise, dont je ne garde moi, à sa différence, aucun souvenir précis.
En l’occurrence, ma sœur se souvenait de l’absence de crémone pour fermer cette petite fenêtre, qui avait conservé, par-delà les années, un système de fermeture par loquet pivotant en bois. Ce système doit bien porter un nom, dont je n’ai pas idée, à la différence de la crémone, un mot que je n’emploie pas tous les jours mais qui, dans cette évocation familiale, a sonné avec une extrême clarté. Je voyais le mot, je voyais la chose. J’avais dû ranger crémone avec les fins de bobines de fil, les piles LR6 présumées pleines, quelques trombones et le Joker d’un jeu de cartes dispersé, dans un vide-poche mémoriel, au fond d’un cendrier dévoyé de son usage, posé sur un bord de cheminée, bazar dormant immédiatement accessible pour peu que l’on y réfléchisse un peu. Pas de mémoire sans crémone.
