Aujourd’hui, je croise “phrygane” à de nombreuses reprises dans le Traité du zen et de l’art de la pêche à la mouche dont je parlais dernièrement. Par exemple :
“À la surface volettent quelques insectes dans les tons bronze et havane ; vous pensez qu’il s’agit de phryganes, mais vous ne creusez pas davantage la question et nouez une Adams de 16 de teinte similaire.”
Très sincèrement, je ne pensais pas avoir grand chose à dire sur les phryganes. Une bébête inconnue et un mot qui ne l’est pas moins mais qui s’appréhende sans difficulté dans son contexte de lecture halieutique : au fil des pages, les poissons mangent les phryganes, assimilés de fait à une bestiole qui vole à la surface de l’eau, tant pis pour elle.
Non, ce que m’inspire phrygane, c’est essentiellement son homonymie avec le récent freegan, ce glaneur urbain moderne, qui se nourrit des surplus déstockés et (parfois) librement disponibles de la grande distribution. Je ne suis pas certain qu’avec son profil de moucheron vulgaire, phrygane pensait un jour se trouver un correspondant anglo-saxon. Il voletait pépère à fleur de rivière, narguant du ras des fesses quelque rare truite, il se retrouve soudain plongé dans un bac à ordures, à partager ses sonorités avec un activiste militant contre le grand gaspillage agro-alimentaire mondial.
Mais le poisson mange le phrygane égaré, et le freegan mange le poisson rejeté, c’est une forme d’homonymie circulaire.
