Aujourd’hui, je croise “pantoise” au pub Le Corrigans, 20 rue des Cloutiers, à La Rochelle.
Carine, Fredda, Bérengère et moi étions attablés et occupés à tenir la chronique mondaine de la ville. Commérages. Ainsi, telle amie avait été vue la veille au soir au bras d’un galant, qui s’est révélé in fine être une galante. Ces amours cachées font les délices sucrées de la province. Fredda compléta, en nous disant qu’elle avait lu, dans une gazette people, que tel mannequin cultivait aussi les amitiés saphiques. L’anecdote lâchée, des Amours enturbannés volettent autour de la table, les anges passent, que Bérengère terrasse : “Ça nous laisse pantoises !” et bim ! le -e final me heurte l’oreille. Tellement habitué à ce que le seul air qui souffle dans la cité portuaire soit un air pantois, je restai coi devant l’accord. Mais oui, évidemment, on a parfaitement le droit de rester pantoise, et de le dire… Par galanterie, modestie, féminisme, lâcheté, discrétion, je m’abstins par ailleurs de rappeler que ma seule présence à cette tablée en tant que représentant de la gent masculine et du genre masculin eût voulu que l’on appliquât la règle de ma primauté pour accorder l’attribut, et le temps que je remâche par devers moi ce pantoise qui sonnait tout désaccordé, la discussion avait déjà pris des chemins qu’il me fallait toute affaire grammaticale cessante rattraper. Elles étaient pantoises, j’étais largué.
