Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Boubour aujourd’hui

Aujourd’hui, je croise “boubour” dans une tribune de Philippe Corcuff dans Libération :
Je vis dans le Gard, une de ces provinces qui fait saliver avec condescendance nos boubours (bourgeois bourrins) parisiens.
Dans la famille Sociologie pour les nuls, je connais naturellement le bobo. J’en connais même plusieurs, et plutôt bien, on boit souvent des coups ensemble. Tournoyer dans la folle quarantaine, avoir un métier (ré)créatif, faire son marché, manger bio, végétarien, habiter en centre-ville, circuler à vélo, voter écolo, tenir un blog… c’est un peu ma vie quand même. Oui, j’ai cette vie légère de personnage de roman sociologique. Je pinaillerais bien en disant que le côté “bourgeois” de ma bohème ne me saute pas aux yeux, ni à ceux de mon banquier, mais je craindrais de trop m’éloigner de mon boubour.
Car j’avoue, jusqu’à ce jour, j’ignorais le boubour. Je ne sais pas si l’existence du boubour est avérée depuis longtemps, des bourrins j’ai l’impression d’en connaître aussi depuis un certain temps déjà, mais j’étais loin de penser qu’ils boxaient dans une catégorie sociologique à part entière. Cette sociologie-là m’a tout l’air d’être un sport de combats arrangés.
Internet me fait remonter le boubour à deux ou trois ans mais il faut parfois du temps pour que des particules théoriques de cette finesse remontent les vents dominants. Peut-être parle-t-on déjà couramment boubour dans les dîners de la capitale ? Peut-être même ai-je déjà un boubour pour voisin et je ne le sais pas (il ne s’est pas présenté.) Eh bien, je t’accueille à bras ouverts mon boubour, puisque désormais je suis amené à te croiser dans les éditos des gazettes et de la radio, qui vont à coup sûr apprécier ta bonne tête avenante de concept bon client. Bienvenue boubour, va te ranger dans le coin-coin.