Aujourd’hui, je croise “spume” dans L’Instinct de la glisse de Lodewijk Allaert dans la jolie collection “Petite philosophie du voyage” des éditions Transboréal, que je découvre l’une et l’autre au salon du livre du festival de géographie de Saint-Dié-des-Vosges :
“Dans les matins frais quelques badauds promèneront leur chien, une brise venue des terres remplira l’espace d’une odeur de lisier ; ce sera septembre ; les vacanciers partis, les vagues seront enfin là, tapissant de leur spume le sable fatigué.”
Spume sonne comme une onomatopée, comme un SBEUM ou un POUM. Il serait tentant d’y entendre le bruit d’une vague qui tabasse, qui s’écroule sur vous, qui vous broie, vous démembre, vous démantibule, vous roule dans des chocs de galets, vous assomme et vous laisse assommé. La spume telle une beigne. C’est tout le contraire. La spume lèche, humecte, frisèle sur le bout du nez. Si vous voulez saisir la spume, réveillez sa cousine ibérique, la pétillante espumante, dont elle partage la racine latine et la bulle labiale. La spume, c’est le filet de bave et d’écume, la brume salée qu’accroche le duvet des joues.
Cet Instinct de la glisse me ramène inévitablement à la Petite philosophie du surf de Frédéric Schiffter, lue il y a quelques années. C’est ainsi, je suis un surfeur dans l’âme. J’aime tout dans l’idée du surf, sauf le fait de se baigner. Je peux l’avouer sans fausse modestie, je suis champion dans une des catégories parmi les plus radicales et les plus exigeantes de la discipline : la contemplation, qui consiste pour l’essentiel à surfer les plus belles vagues sans surtout ne mettre aucun pied dans l’eau. Je peux rester des heures sur une plage de sable en hiver, le nez dans mon écharpe, à contempler les vagues en formation. Leur promesse lointaine, leur lente levée, le creusement soumis de la mer à leur arrivée, leur gonflement d’orgueil, leur envol avorté, leur dévers rageur, grondant, colérique, et l’abandon résigné, et la vie échouée qui sanglote spleen et spume sur mon épaule et les carreaux dégueulassés de mes lunettes. Je parcourrais le monde de plages en plages que je ne m’en lasserais jamais. Je pourrais mourir face aux vagues d’automne que je m’en contenterais, “comme si le déchaînement de bruit et de spume que je viens de traverser avait été la genèse du monde et que chaque élément qui compose cet ensemble retrouvait à présent sa place dans une harmonie invisible.”
