Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Épagomène aujourd’hui

Aujourd’hui, je croise “épagomène“ dans une très belle note de Jean Prod’hom, “Une vie sur terre sans histoire” (tout comme il existe des coins à champignons ou d’autres à truites, il existe aussi des coins à mots rares ou inusités, le site de Jean Prod’hom est de ces coins) :
Jour épagomène donc, placé là non pas tellement pour me permettre de
remettre dans les tiroirs ce que j’ai laissé traîner sur les commodes du
Riau, ou pour réinstaller un peu de jeu dans mes embouteillages, mais
au contraire parce que je m’avise soudain qu’il n’y a plus de pain sur
la planche, ou si peu que je m’autoriserai à ne pas en faire cas, ne
précipiterai rien, ni n’ajouterai quoi que ce soit à ce que j’ai sous
les yeux ; le monde et ses habitants peuvent faire sans moi.

Un jour qui se lève d’emblée sur pareil épagomène comptera probablement pour une belle journée. De mon seul point de vue de blogueur évidemment, car j’apprends par ailleurs, lors de ma recherche, qu’Aztèques et Égyptiens considéraient ces jours supplémentaires ajoutés en fin d’année (afin que les vacances d’hiver ne se décalassent point aux vacances d’été), comme des jours funestes, où il ne faisait pas bon se lever.
Il en a de la chance, épagomène, de ne croiser que de pacifiques Jean Prod’hom. Mais qu’épagomène se méfie, avec ses faux airs de personnage de tragédie grecque. Il suffirait que se sache qu’il est apte à qualifier n’importe quelle sale journée en trop dans le calendrier pour que son tranquille statut de qualificatif à usage unique tombe d’un coup dans un abusif domaine public. En chaque lundi, il y a un épagomène qui sommeille.