Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Poncif aujourd’hui

Aujourd’hui, je croise “poncif” dans une note de blog du studio “6 lettres” :
Ce matin je viens de poser mon plus gros poncif pour une œuvre d’Alexis
Smith de la galerie @honorfrasergallery à la Fiac Officielle.

Ce qui accroche l’œil avec ce poncif-là, c’est qu’il est employé dans son sens premier, que je ne connaissais pas. Avant d’être un lieu commun, j’apprends en effet que le poncif est ce que j’appelais jusqu’alors improprement un pochoir. Très exactement, le dictionnaire en ligne précise qu’il s’agit d’une “feuille de papier comportant un dessin
piqué de multiples trous que l’on reproduit en pointillé (sur une
surface quelconque) en passant une ponce sur le tracé.
” J’imagine que ce sens à moi révélé doit sembler très ordinaire au peintre-typographe ou à la couturière. Qu’ils ont l’un et l’autre associé de toute éternité le poncif à cette poudre finement blutée qui esquisse le plein, le délié, l’ourlé, le brodé. Eux “posent”, littéralement, des poncifs pour reproduire un motif. Nous autres ne faisons que littérairement reproduire le motif, en abdiquant toute originalité. Pourtant, ce sont bien les poseurs, et non les copieurs, qu’aujourd’hui je plains. Les pauvres, peut-être cette habitude professionnelle les rend-elle moins sensible au charme pittoresque de ce sens inusité. Pour ma part, l’existence de ce lien de parenté entre sens propre et sens figuré va me faire rêver toute la journée : “Le 19 octobre 2015, Philippe Guerry a posé son poncif (sur une surface quelconque) et découvert un lieu commun inexploré.” Je voyage pour pas cher. À part cela, je n’ai rien à dire sur le poncif qui n’ait déjà été dit.