Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Bataclan aujourd’hui

Aujourd’hui, je croise “bataclan” dans ce titre du journal Libération :
Au Bataclan, «j’ai entendu comme des pétards je pensais que ça faisait partie du show»
Bataclan semble tout droit sorti d’un vieux magasin de farces et attrapes, rayon accessoires de fête, où l’on vendrait aussi des charivari et des tohu-bohu. Avec ses trois bouts de syllabes mal ficelées, bataclan se place d’emblée dans la famille assez peu sérieuse des tac-tac-tac et des patatras. Des cataclop et des rantanplan. Un mot de bande dessinée et de western de cour de récré. On s’attend à trouver bataclan dans une planche de Quick et Flupke, dans
la bouche d’une grosse ménagère battant son tapis et hurlant à sa fenêtre, à
l’adresse des garnements faisant exploser leurs pétards ou attachant une énième casserole à la queue d’un corniaud, un
tonitruant “c’est pas bientôt fini ce bataclan !” L’agent 213 serait surpris dans la dernière case à allumer à son tour la mèche et cette chute naïve nous ferait sourire. Sur ces motifs d’irrévérence festive, bataclan ça fait aussi très bien nom de bistrot ou de salle de concert, un endroit où on se réunirait entre amis pour faire du boucan, du barouf, du bordel. Bataclan, c’est ça, c’est le nom d’un bordel, mais d’un joyeux bordel. C’est le nom de notre humanité un peu perdue qui s’obstine à rire en terrasse et à écouter de la musique en picolant pour oublier que tous les bruits de pétards ne font pas partie du show. Ce bataclan-là ne sera jamais fini.