Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Atarlie aujourd’hui

Aujourd’hui, je croise “atarlie” dans une note du blog d’Eric Chevillard, L’Autofictif :
On en concevait un peu d’atarlie. Les plissons
haillaient les noueux. Sur tout cela tombait l’annule. C’était un autre temps,
bien sûr.

Plusieurs jours que je sais que je vais finir par en
attraper un, de ces petits vocables multicolores qui scintillent
innocemment dans les notes d’Eric Chevillard. C’est tombé sur atarlie,
fraîchement conçue.
Plusieurs mois, plusieurs années peut-être que
je lis quotidiennement Chevillard au lever, comme un rituel de dévotion
laïque aux saintes écritures. Une série récente me plaît tout
particulièrement. Chevillard y fait le récit de son enfance d’un autre
temps (bien sûr), prétexte à une réinvention langagière foisonnante et
jubilatoire. Il tire selon toute vraisemblance ses mots d’enfance d’un
authentique DiVenPo, dictionnaire de vendéen potentiel.
Ci-après
quelques-unes de ces inventions même s’il est bien sûr vivement
recommandé d’aller observer ce lexique en formation directement à la
source :
On mangeait à Noël l’empagne dans sa croûte de sel. Fin mars, on frêchait les lavelles. Le reste de l’année, il fallait harser
la mogette. Le rabotier ne chômait pas.

On égournait les molves
avant la givrette. On sablait les pianules. Il ne fallait pas compter sur la
mansuétude des sirules ni sur la magnanimité de l’orchas.

On redoutait aussi
la frasque onduleuse et l’oursine. La piété ravageait les cœurs. On vripait les
orignolles impunément.

La palestra faisait fureur. On se mignait en rose pour l’occasion.
La barlousse cuisait dans son jus. On s’attardait à l’épanchoir.

On gardait nos rognures d’ongles pour la fête des capes.
Le supplice du piolet punissait le frippeur. L’afflux des crampiers provoqua
l’exil des morseurs.

On peut effectivement en
concevoir un peu d’atarlie mais il apparaît très clairement qu’Eric
Chevillard écrit sous nos yeux la première méthode de patois universel.
Quel artigneur. Il ne nous reste qu’à rouscaner sur sa petite gribure,
tant que la piboise nous en laisse le temps, bien sûr.