Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Églomisé aujourd’hui

Aujourd’hui, je croise “églomisé” dans la courte légende d’une note du blog 6 lettres :
Verre églomisé trouvé à Paris 12e
Églomisé, même le correcteur orthographique n’en veut pas. Il me suggère lobotomisé mais je pense qu’on ne peut pas le substituer. Heureusement, il reste l’inusable dictionnaire qui m’apprend qu’églomiser, c’est “décorer les objets en verre au moyen d’une dorure intérieure soudée au feu entre deux pellicules de verre”. C’est précis. J’avais bien envisagé un sens approchant au vu de la photo accompagnant la note mais avec ces vocables spécialisés, il faut toujours se méfier. Verre églomisé aurait tout aussi bien pu vouloir dire “verre acheté au rabais dans une solderie d’Angoulême” ou “verre résultant de la fusion d’un feldspath rare issu d’une carrière argentine ayant traversé les océans sur un porte-container instable et dont la structure moléculaire a été profondément altérée du fait des mouvements désordonnés de roulis et de tangage, lui conférant des propriétés lipophobes remarquables permettant notamment aux artisans de bouche de la petite couronne parisienne connus pour leur spécialité d’andouille aux herbes rehaussée d’une pointe de muscadet de pointer d’un doigt graisseux directement sur leur enseigne la nécessité pressante pour leurs clients les plus fidèles de passer commande avant le coup de feu des fêtes, sans qu’aucune malencontreuse trace de gras n’en vienne ternir les ors typographiques et diffracter leur éclat vintage jusqu’à le perdre dans l’éblouissement tapageur des rues commerçantes à l’approche du basculement hivernal.” Cela aurait également été cohérent. Églomisé impose donc d’être précis. Avec ces vocables spécialisés, il faut toujours se méfier.