Aujourd’hui, je croise “whey” dans une salle de musculation où je dois réaliser une interview et j’en suis profondément troublé.
Le whey, c’est un complément
alimentaire protéiné en poudre vendu dans de gros barils à l’habillage criard, que les body-builders et autres sportifs utilisent pour accroître leur masse musculaire. Ce n’est pas une marque, cela s’appelle vraiment du whey. Cette découverte fortuite du whey me donne l’impression d’être malgré moi initié aux arcanes d’un monde parallèle. Whey et moi, nous ne devions pas nous rencontrer, jamais. Rien n’était moins écrit que notre rencontre. Je n’irais pas jusqu’à dire que je ne suis pas sportif, d’une part parce que c’est une forfanterie un peu trop commune, d’autre part parce que ce n’est pas vrai (j’ai couru un marathon, juste une fois, pour essayer, pour faire comme tout le monde, parce que l’occasion s’est présentée… passons), mais enfin : whey vivait sa vie de protéine en poudre vendue dans un gros bidon obèse et moi, je menais ma vie de petit bidon replet achetant ses vitamines en sachet. Rien à voir. Connaître désormais l’existence de la poudre magique qui transmue les poids plume en muscles de plomb et fait du paisible exercice physique une musculeuse religion sape indubitablement quelques bases de mon engagement sportif. Je prends conscience avec un brin d’amertume que sans whey tous mes joggings et toutes mes longueurs de piscine ne cisèleront jamais que de fluettes cuisses de pouley. Le whey me laisse en bouche le goût d’une pâte grumeleuse qui requiert abondante dilution. Le muscle est ailleurs, en vente libre dans une autre dimension et dans d’autres proportions.
