Aujourd’hui, je croise “déhiscente” dans une attestation de consentement
libre et éclairé qu’il me faut lire et approuver avant une intervention chirurgicale bénigne :
“La
cicatrice tardive est parfois fine et parfois moins satisfaisante
(pouvant rester rouge et un peu douloureuse, ou bien devenir élargie et
déhiscente).”
Une autre mise en garde m’informe également de “risques de réactions individuelles imprévisibles au cours et décours de l’intervention” et de la “possibilité d’un événement exceptionnel voire inconnu.”
Autrement dit, si une météorite s’écrase sur l’orteil de mon fils
pendant qu’il se fait rectifier son ongle incarné, ce ne sera pas la
faute du médecin si sa main tremble sur le pied.
Sache, toubib, que je n’aime pas
trop que l’on cache des choses intimes derrière des mots compliqués.
J’aurais aimé sur le moment comprendre ce déhiscent. Déhiscent, je le
sais maintenant, s’applique au fruit dont les chairs s’écartent naturellement.
Ainsi tu veux que je consente, toubib, à ce que mon fils promène une possible plaie ouverte comme une figue
offerte au vent. Attention, toubib, tu parles là d’un orteil qui m’est
cher et dont même l’incarnation reste la chair de ma chair.
Nonobstant, toubib, je vais signer, je vais passer
l’éponge, et j’irai même jusqu’à te tenir les compresses, eu égard à l’involontaire poésie et au flottement érotique de ton sabir déresponsabilisant. Car regarde toubib, moi aussi j’en sais manier, des bistouris :
La cicatrice
tardive
est parfois
fine
et parfois moins
satisfaisante
pouvant rester
rouge
et un peu
douloureuse
ou bien devenir
élargie
et déhiscente.
Pour ça, toubib, je vais accepter les peaux mortes sous l’ongle
que tu désincarnes. Pour ça, toubib, je soignerai le rougeoiement de la poésie qui se réincarne. Je te donne mon consentement, tu peux opérer. Mon fils promènera ses bourgeons de figuier, la poésie claudiquera sur la pointe des pieds.
