Aujourd’hui, je croise “zuisme” dans un article de Libé :
“Pourquoi tant d’Islandais se convertissent-ils au zuisme ?”
Une hypothèse qui n’est pas abordée dans l’article : les Islandais se convertissent en masse au zuisme parce que la cathédrale de Reykjavík ressemble un peu trop à celle de Royan et qu’il n’y a pas lieu d’en être fier.
J’ai fait le tour de l’Islande en stop quand j’avais dix-neuf ans. J’avais tenu la liste précise de la soixantaine de généreux samaritains qui s’étaient succédé pour me permettre mes sauts de puce, liste que j’ai malheureusement égarée. Je me souviens encore d’une mère de famille avec sa fille qui m’a accueilli d’un tonitruant “where from do you come ?”, ce qui m’a rassuré sur le niveau d’anglais attendu pour le reste du voyage ; d’un gars de l’EDF islandaise avec qui j’ai relevé les compteurs de quelques sumarhaus qui se trouvaient sur le chemin ; d’un type complètement mutique qui roulait à fond sur les pistes caillouteuses qui sont l’essentiel des routes secondaires du pays ; d’un papy qui a tenté de me racketter à l’issue d’un trajet ; d’un couple de personnes âgées d’une prévenance et d’une gentillesse absolues ; d’un professeur de géographie qui m’a expliqué le “double Foehn effect” insulaire ; d’un député conservateur islandais qui me disait le plus grand bien d’Édouard Balladur ; d’une famille qui m’a invité dans sa ferme ; d’une femme qui s’est probablement félicitée de m’avoir pris comme passager au moment où son pneu a crevé ; d’un trajet à l’arrière d’un pick-up, comme dans les films ; d’un jeune ingénieur qui me disait ne rien comprendre à ce que pouvait bien fabriquer Björk ; d’un chauffeur-routier sympa ; d’un couple homo français à qui j’ai un peu forcé la main parce qu’ils étaient mon ultime chance du jour de ne pas camper seul face à un débarcadère désert.
Vous l’aurez remarqué : dans cette liste, pas de moine zuiste. Hasard ? Je ne m’avancerai évidemment qu’avec une extrême retenue et une extrême prudence
sur ces questions de croyances religieuses. Ces billevesées édifiantes
nous pourrissent déjà suffisamment la vie, il n’est sans doute pas
nécessaire d’aller chatouiller les fondamentalistes zuistes. Leur homophonie approximative avec nos poètes zutistes et nos voisins
suisses ne doit pas les empêcher d’essayer d’être pris au sérieux. Certes, le zuisme semble être une religion modestement conquérante mais entreprendre une stratégie d’expansion au départ de l’Islande mérite incontestablement une certaine forme de respect.
