Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Dioïques aujourd’hui

Aujourd’hui, je croise “dioïques” dans une note du blog Mais où vont les poussières ? :
Les pépiniéristes ont appris bien plus tard que le mâle est neutre mais
que la femelle porte des individus dioïques, qui, fécondés ou pas par le
pollen mâle, iront s’écraser sur le sol en dégageant une odeur à faire
vomir un troupeau de mouflons.

L’avenue Coligny à La Rochelle est une avenue un peu chic où s’alignent sagement, entre courettes et jardinets, quelques bourgeoises meulières. Mon copain Olivier vivait ici. Longtemps je m’y suis couché de bonne heure, à l’heure où blanchit la campagne, en sortant de boîte le plus souvent, et je me rappelle parfaitement bien l’odeur insupportable qui émanait des bouboules jaunâtres lâchés par les ginkgos qui bordaient cette artère cossue. Nous les appelions les arbres à buques, la buque désignant approximativement quelque chose comme de la merde. Nous avions élaboré au fil de nos années estudiantines tout un lexique incompréhensible à d’autres oreilles que les nôtres, jargon savoureux et grand pourvoyeur de private jokes. Le temps d’un séjour pluvieux sur l’île d’Hoedic avec notre amie Mariane, nous avions même consigné sur une nappe en papier cet éloquent dictionnaire (Olivier, Mariane, j’ai la nappe). Retrouver indirectement dans ce dioïque le souvenir de cet après-midi de lexicographie amicale et potache me réjouit positivement. Ces buques dioïques écrasées sont comme des Madeleines de Prout. N’en tartinons pas davantage.

[sachez par ailleurs qu’il vous est fortement conseillé en ces temps de cadeaux originaux à trouver, d’aller faire l’acquisition des six volumes auto-édités de Mais où vont les poussières, ici. Moi même, je m’en vais de ce pas compléter ma collec’. Puisque vous en êtes à soutenir l’auto-édition, vous pouvez également en profiter pour offrir C’était Super, tiré de la collection d’Au Petit Commerce. Il en reste encore.]