Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Carnet 5

Les limites de la tribu sont floues.

On ne peut savoir quel est le nombre des sauvages. Ni où ils vivent.

Pas de recensement, pas de dénombrement. Pas de classification.

L’implantation géographique de la tribu est impossible à circonscrire.

Pas de frontières.

Là où ils choisissent de s’arrêter, les sauvages s’enracinent.

On ne peut que décrire leurs lieux d’enracinement.

En règle générale, ils se situent dans l’éloignement.

Ainsi un sauvage peut rencontrer un autre sauvage sans savoir a priori qu’il s’agit d’un sauvage.

Un sauvage qui reconnaît un autre sauvage en est heureux et le lui fait savoir.

Quelque chose les fait se reconnaître. Par exemple, la fabrication, par leurs soins, de petits objets pauvres.

Chez les sauvages, il est essentiel d’être pauvre.

Être pauvre, c’est se contenter de peu. Faire avec peu, ou presque rien.

Presque rien, c’est beaucoup pour un sauvage.

— Véronique Vassiliou, extrait du Coefficient d’échec.