Un jour, j’ai cru
m’enfuir.
J’ai pris l’avion et
je suis parti conquérir l’Islande.
J’étais tout jeune,
bien trop chargé et mon sac à dos me mettait le dos à sac.
Après
deux jours de pénibles crapahuts me laissant sans épaules et sans
jambes, je baissai les bras et levai le pouce. Je parcourus ainsi
l’île en auto-stop, pris par une soixantaine de bons samaritains.
Fort de cette assise automobile, j’appris vite à pester avec eux
contre ces abrutis de cyclotouristes qui encombraient les bords
caillouteux des pistes cahoteuses qui composent pour l’essentiel le
réseau viaire du pays. Ces laborieux voyageurs nous obligeaient à
de pénibles écarts et à des ralentissements éreintants. Il était
manifeste pour mes chauffeurs et moi que l’Islande n’avait jamais été
faite pour être parcourue à vélo et je gardai de ces trajets
fatigants une dent tenace contre le cyclotourisme.
Cette dent tomba en
rencontrant Florian, quelques années plus tard (ma fuite islandaise
avait fait long feu – fuir sur une île est une impasse – et je
suivais désormais une piste conjugale.) Florian venait d’entamer un
périple cycliste qui avait pour but de l’emmener en Espagne sur les
traces des luttes républicaines. Nous étions sa première étape,
de La Roche-sur-Yon à La Rochelle. Nous passâmes sa première
soirée loin de la Vendée dans un petit restaurant ami, dans un
début de canicule, dans un état d’ébriété contrôlé. Le
lendemain, il devait en effet prendre la route de la fraternité, et
nous devions quant à nous, ma mie et moi, prendre le chemin de la
maternité. Junior était à naître.
Au petit jour,
Florian s’était échappé et nous, nous ne fûmes pas délivrés. Il
fallu encore attendre une bonne semaine pour que Junior paraisse, et
plusieurs années avant que Florian ne réapparaisse. Il avait bien
roulé et avait même tiré un livre de son escapade ibérique. J’en
tirai un peu d’envie. Non seulement, je ne m’étais pas enfui mais
c’est un cyclotouriste qui me faisait la nique.
Septième portrait de la série “C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas”, à retrouver chaque mois sur le site de référence Gravillon.net
