Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais nous reconstituons avec une gêne croissante nos propos enivrés de la veille. Mais nous recevons plus de mails que nous n’en supprimons. Mais nous cliquons sans y réfléchir sur un titre racoleur. Mais la grosse mouche bleue ne veut pas sortir par la fenêtre que nous lui ouvrons. Mais nous découvrons l’œuvre d’un artiste à l’occasion de sa mort. Mais nous n’apportons que de tièdes arguments à la conversation passionnée. Mais le robinet-poussoir ne coule pas plus de trois secondes. Mais tout le monde en fin de repas joue à qui paiera la note. Mais la personne à côté de nous dans le bus pue le tabac froid et la bière chaude. Mais les chants de Noël envahissent les rues. Mais il nous faut tordre les fils de nos écouteurs et les maintenir pincés pour entendre quelque chose. Mais l’extinction de la minuterie de la cage d’escalier nous oblige à avancer à tâtons. Mais nous nous laisserions volontiers couler dans le courant d’une rivière. Mais les feuilles mortes s’agglutinent dans la gouttière.