Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais nous sommes en janvier. Mais la machine n’a pas essoré. Mais nos écouteurs grésillent. Mais de jeunes enfants attendent le bus sous la pluie, dans le froid, dans la nuit. Mais nous nous trompons d’année sur les premiers chèques et formulaires. Mais nous ne savons plus où nous avons enregistré un document. Mais le repos des vacances est déjà complètement balayé. Mais nous faisons semblant de suivre une discussion d’initiés. Mais les discours autour d’une œuvre sont plus convaincants que l’œuvre elle-même. Mais nous prenons mille précautions pour ne pas froisser une personne que l’on sait susceptible. Mais une voix couvre toutes les autres. Mais on nous abandonne sans ménagement en pleine discussion, pour rejoindre de nouveaux arrivés. Mais les codes sociaux d’un autre milieu que le nôtre nous échappent grandement. Mais nous mangeons sans retenue une pleine poche de chips. Mais une boule de glace nous vrille le nerf optique. Mais le nouveau livre est lu rapidement, et nous reste dans les mains, comme neuf.