Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais nous recrachons dans la tasse le second passage du café dans le percolateur. Mais ce qui nous reste de pain est dur. Mais la bonde ne retient plus l’eau dans le lavabo. Mais une plaie tarde à cicatriser proprement. Mais d’un article à l’autre, nous changeons de point de vue, et d’opinion. Mais nos yeux pleurent face à l’écran. Mais on nous invite à débuter le séminaire par un « cercle de quelque chose ». Mais nous sommes plongés dans le flux dense d’une foule en procession, sans pouvoir faire autrement que suivre. Mais on nous passe subitement la parole et nous n’avons rien préparé, et pas grand-chose à dire. Mais nous savons quel mot a scellé la rupture. Mais nous nous sentons prêt à flancher.