Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais
nous
ouvrons
les yeux en
pleine nuit et ne nous rendormons pas.
Mais
un
goût de métal imprègne la langue. Mais
nous
n’arrivons
pas à
défaire les
nœuds
de
nos
lacets.
Mais
nous appuyons trop fort sur l’écran tactile. Mais
nous
ne comprenons pas ce que l’algorithme
attend de nous. Mais
les
passagers se bousculent dans l’allée centrale avant l’arrêt
complet. Mais
nous
tendons
une oreille gourmande à
une dispute étrangère.
Mais
nous
imitons
pour
nous
l’intonation
vulgaire d’une voix dans la rue. Mais
nous
regrettons de ne pas être allé pisser, tant que nous étions encore
dans le train. Mais
la
batterie de notre téléphone se décharge trop
vite.
Mais
dans
le
frigo
vide, il ne
reste
de
quoi cuisiner qu’un
unique repas. Mais
le
bouchon de
liège se
casse
dans le goulot. Mais
nous
mettons
une certaine
mauvaise
volonté à
rater des choses simples.