Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais
nous
nous
trouvons flou,
dans le reflet du miroir.
Mais
le
coiffeur nous a coupé les cheveux un poil trop court. Mais
malgré
tout le soin que nous mettons à la passer, la marche arrière
craque. Mais
nous
sommes en avril. Mais
les
enfants sont fatigués
de la promenade, et il reste encore le retour.
Mais
le
vent pousse
nos enveloppes vides. Mais
un
soleil tout juste pâle nous gratifie d’une première brûlure.
Mais
on
insiste
pour
nous prendre en photo, en
prenant la pose,
figés,
souriants.
Mais
nos
parents
vivent dans leur passé comme dans une prison VIP.
 Mais
nous
dînons des restes trouvés au fond du frigo, sans mettre le couvert.
Mais
nous
manquons de papier-journal
pour démarrer un feu. Mais
nous
trouvons tout
de suite
la
grande
ourse, et jamais
la petite.