Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais
nous
cherchons l’interrupteur à tâtons, sans le trouver.
Mais
doigts
et lèvres sentent encore le sexe.
Mais
nous
remettons
le
caleçon
de la veille.
Mais
le
verre à recycler s’accumule, avec les piles, les
cartons
et les ampoules.
Mais
la
sortie prévue
n’aura
pas lieu parce que tout le monde dort encore.
Mais
une
violente odeur d’urine nous saisit
au
détour d’une rue.
Mais
les
étals du marché ne nous inspirent pas.
Mais
des
gens disent
n’importe quoi. Mais
nous
nous
retenons
d’intervenir.
Mais
le
gonflement d’écume déborde le fait-tout, se répand sur les
plaques et inonde le sol.
Mais
dans
un même élan de fatigue,
toute la maisonnée s’abandonne
à la
sieste.
Mais
le
livre est truffé de coquilles.
Mais
cette
pensée, qui semble intelligente, n’est pas intelligible.
Mais
nous
prenons
des notes
que
nous
ne relirons pas.
Mais
un
seul verre suffit à nous embrumer.
Mais
un
profond
coup
de barre s’abat soudain
sur
nous.
Mais
tout
le monde remarque
le bâillement que nous tentons
de
contenir.