Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais
pendant
plus de la moitié de notre course, nous nous demandons pourquoi nous
courons. Mais
de
très légers craquements se font entendre quand nous plions les
genoux. Mais
nos
yeux nous
piquent,
notre
palais nous
gratte,
notre
nez coule. Mais
nos
cheveux
humides
ne prennent
aucune forme.
Mais
nous
considérons quelques secondes la perfection d’un œuf, avant de le
casser dans la poêle. Mais
nous
essayons de repêcher l’éclat de
la
coquille dans le
blanc opalescent de l’omelette.
Mais,
quoique
nous nous défendions d’avoir
une place attitrée,
nous
nous asseyons toujours sur la même chaise de
la table à manger. Mais
de
jeunes
parents
en
démonstration de coolitude
nous exaspèrent.
Mais
ne
plus sortir de chez soi, limiter le jeu social au strict nécessaire,
nous
semble
un horizon désirable.