Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais depuis notre adolescence, nos grasses matinées ont fondu de plusieurs heures. Mais nous cherchons partout notre bol, bien qu’il y ait partout d’autres bols. Mais nous ressentons un dérisoire sentiment de contrôle en pliant parfaitement nos vêtements. Mais des cadenas traînent dans nos tiroirs, sans leur clé, et vice-versa. Mais plusieurs jeux d’impressions sortent avec, à chaque fois, de mauvais réglages. Mais plus nous tentons de démarrer, plus le moteur rechigne. Mais quelqu’un occupe notre place réservée dans le train, et ça nous contrarie. Mais nous pénétrons dans une eau froide, qui nous serre les mollets. Mais nos coups de pagaies ne sont pas synchrones. Mais nous rejouons pour nous une situation où nous aurions voulu agir différemment. Mais le statu quo nous convenait parfaitement.