Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais le
livreur nous trouve en caleçon. Mais nous
sommes en juillet.
Mais une
grosse mouche repue sort lourdement du frigo. Mais la
lettre que nous voulions poster sans attendre est posée sur la
console depuis quinze jours. Mais rien
ne nous paraît plus important à accomplir, maintenant, que la plus
futile de nos tâches. Mais pour
ne pas arriver les mains vides, le premier bouquet de fleurs
industrielles a fait l’affaire. Mais la
première rencontre après une dispute ne va pas sans une certaine
tension. Mais notre
couple-étalon s’est
séparé. Mais nous
ne trouvons pas de goût à ce que nous mangeons. Mais nous
avons englouti le contenu de notre assiette,
alors que les autres convives ont à peine entamé la leur. Mais nous
vantons comme une œuvre incontournable l’unique livre que nous
ayons lu récemment. Mais toutes
les photos d’enfance ressemblent aux nôtres : mêmes scènes,
mêmes poses, mêmes couleurs. Mais certains
souvenirs
ne
nous paraissent pas avoir été vécus.