Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais
nous
vissons avec
une
pince. Mais le
savon ne mousse pas. Mais nous
avons
beau
frotter, le pourtour de nos
ongles reste tâché de peinture. Mais notre
réparation de fortune ne tient pas. Mais devant
l’hôpital, des perfusés fument. Mais il
faut piquer plus d’une fois pour trouver une veine qui donne. Mais la
sensibilité dans notre bras gourd ne revient qu’après de longues
minutes. Mais nos
micro-siestes ne nous
reposent pas. Mais nos
lacunes culturelles nous complexent. Mais nous
envions ceux qui se jouent des leurs. Mais face
au coucher de soleil grandiose, nous avons froid. Mais nous
entendons sans le voir un feu d’artifices.