Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais le
souvenir de notre rêve ne passe pas le petit-déjeuner. Mais devant
le miroir, nous soupesons sexe, poitrine et ventre
mou
avec un peu d’abattement. Mais plus
d’internet. Mais l’eau
a goût de chlore. Mais l’espace
est minuscule pour doubler la personne qui marche trop lentement
devant nous. Mais nous
entrons
avec appréhension
notre
mot de passe sur
un ordinateur public. Mais nous
ressortons de la librairie avec des
livres que nous ne voulions pas
acheter. Mais notre
pied bute sur
un défaut des pavés
et nous vérifions discrètement
que
personne n’a été témoin de notre rattrapage. Mais après
l’averse, nous nous asseyons sur une chaise mouillée et nous
avons tout de suite le cul froid. Mais nous
empochons les petits sachets de sucre qui accompagnent notre café. Mais le
ticket de parking n’ouvre pas la barrière de sortie. Mais de
fines gouttelettes de gas-oil nous sautent sur la main tandis que
nous faisons le plein.