Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais il
fait trop chaud, dès le lever. Mais personne
n’a débarrassé la table hier soir et il faut laver
la
sauce figée dans
les assiettes ce
matin. Mais nous
sommes d’une humeur sans nom. Mais après
avoir pressé tout le monde, nous cherchons les clés. Mais malgré
nos efforts pour faire
couleur locale,
le serveur nous tend le
menu en
français. Mais le
verre de soda est vidé en deux gorgées à peine. Mais un
adolescent hurle dans la rue pour faire rire ses amis. Mais les
jeunes nous paraissent plus cons que nous jeune. Mais le
crachat d’un passant atterrit à quelques centimètres de nos
pieds. Mais un
énorme camion s’est coincé dans les ruelles de la ville et
manœuvre difficilement. Mais nous
ne pouvons détacher notre regard des ongles ultra-manucurés de la
femme qui nous parle. Mais nous
ne voyons pas le moustique qui pourtant vole autour de nous. Mais les
voisins claquent toujours leur porte trop fort.