Bonheur portatif

par Philippe Guerry


[feuilleton] [préambule – 1 bis]

Dans les tout premiers jours de 2026, j’ai emménagé au 11 de la rue Simon-Crubellier — un immeuble dans une rue qui partage obliquement le quadrilatère que forment entre elles, dans le quartier de la plaine Monceau, XVIIe arrondissement, les rues Médéric, Jadin, De Chazelles et Léon-Jost — pour y effectuer une résidence d’écriture. J’y suis arrivé un matin avec romans et bagages et me suis installé sans avoir particulièrement réfléchi à mon « projet » ni véritablement soigné ma note d’intention.

La semaine qui a précédé ce quasi-squat, j’avais pris grand soin de repérer les lieux en relisant le plan d’occupation figurant dans les pages de papier-bible d’un guide aux allures de missel. J’avais encore en tête la distribution des espaces : le hall d’entrée, la machinerie de l’ascenseur, les escaliers et leurs épaisseurs variables de moquette, la porte vitrée entre les sixième et septième étages et, derrière elle, la série des petites chambres de bonnes occupant les deux niveaux de combles.

Trois logements étaient mentionnés sur le plan comme susceptibles d’être ouverts et potentiellement vacants : les deux premiers au septième étage, mitoyens, situés respectivement l’un sur le palier, l’autre au première droite ; le troisième au huitième, sur le palier également. Je n’ai eu qu’à choisir, parmi ces chambrettes de même modeste superficie offrant toutes la même vue sur les toits et la rue, celle qui m’inspirait le plus pour passer mes journées et mes nuits sur la durée de mon séjour.

Sur la porte de la chambre du huitième, on voyait encore, peint en vert, le numéro 17. Débarquant de La Rochelle, Charente-Maritime (17), celle-ci m’apparût toute désignée. La pièce était sommairement équipée : une salle d’eau-wc riquiqui dans le coin à gauche de la porte ; une kitchenette avec bac-évier et plaques électriques ; un guingois de planches en guise d’étagères sur le mur gauche ; un petit bureau de bois avec un tiroir unique contre le mur du fond ; un canapé-lit contre le mur droite.

J’ai installé mon ordinateur portable sur le bureau, vérifié la connectivité wifi avec mon smartphone (cinq barres : bonne) et ouvert un premier document. J’ai fixé la page blanche numérique, puis je l’ai enregistrée, vierge encore, sous son titre de travail, possiblement provisoire : « Un an dans La Vie, mode d’emploi ». Refus de la machine, qui n’accepte pas les virgules. J’ai retapé le titre sans. Par ailleurs je n’ai rien à raconter. Les histoires viendront plus tard, peut-être, incidemment.

(à suivre)