Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Philippe Guerry

  • Tout va bien,

    mais le bout de tee-shirt graisse nos verres de lunettes au lieu de les nettoyer. Mais la chanson que nous fredonnons s’abîme dans un fatras de fausses notes. Mais nous n’avons pas le bon format de piles. Mais nos résultats d’analyses pointent des carences et des excès. Mais l’écharpe laisse passer l’air froid sur la… Continue reading

  • Tout va bien,

    mais une fissure dans un mur de la maison réveille notre inquiétude. Mais la frousse n’a pas dit son dernier mot. Mais on nous a donné rendez-vous très tôt le matin. Mais une série de factures rapprochées siphonnent notre petite épargne. Mais la personne au téléphone se présente tellement vite qu’on ne comprend rien. Mais… Continue reading

  • Tout va bien,

    mais nous reconstituons avec une gêne croissante nos propos enivrés de la veille. Mais nous recevons plus de mails que nous n’en supprimons. Mais nous cliquons sans y réfléchir sur un titre racoleur. Mais la grosse mouche bleue ne veut pas sortir par la fenêtre que nous lui ouvrons. Mais nous découvrons l’œuvre d’un artiste… Continue reading

  • Tout va bien,

    mais nous avons oublié un minuscule îlot de poils sur une pommette après nous être rasé. Mais le vent froid nous fait pleurer. Mais nous répondons à l’invitation par un silence radio. Mais on nous sollicite pour un conseil, et nous ne trouvons rien à dire. Mais nous démarrons un nouveau projet avant d’avoir achevé… Continue reading

  • Tout va bien, mais le drap nous a imprimé une marque sur le visage. Mais nous sommes légèrement fiévreux. Mais le feu ne prend pas. Mais nous dépannons par téléphone un parent âgé pour d’inextricables démarches en ligne. Mais le paiement en plusieurs fois sans frais cache une ouverture de crédit tacitement reconductible. Mais nous… Continue reading

  • Tout va bien,

    mais nous avons repris le poids perdu. Mais nous sommes habillé trop chaudement. Mais nous doutons de l’utilité de notre travail. Mais il faut bien manger. Mais une crevasse douloureuse se creuse entre nos orteils. Mais trop d’ampoules sont allumées. Mais la voiture devant nous s’engage dans son créneau perpendiculairement au trottoir. Mais nous traînons… Continue reading

  • Tout va bien, mais des pigeons nichent sous nos tuiles. Mais les légumes de saison sont le navet et le céleri. Mais la salle de séminaire ressemble à une salle de maternelle, avec ses tables en îlots, ses boites de feutres et ses papiers colorés. Mais un proche est cas-contact, et c’est le bordel. Mais… Continue reading

  • Tout va bien, mais nous n’avons pas eu le temps de prendre de douche. Mais le cycle de sèche-linge n’a pas séché la moitié du linge. Mais nous évitons tout contact visuel avec les démarcheurs de rue. Mais nous n’avons pas la bonne taille de pièce pour débloquer le chariot des courses. Mais les verres… Continue reading

  • Tout va bien, mais de petites excroissances de chair poussent dans des plis discrets du corps. Mais le bouquet de fleurs flétrit sous nos yeux chaque jour un peu plus. Mais nous préférons racheter une chambre à air plutôt que réparer la crevaison. Mais l’autoradio ne capte bien que des radios privées commerciales. Mais nous… Continue reading

  • Tout va bien, mais nous n’avons que notre ongle pour gratter une épaisse corne au talon. Mais le beurre est dur. Mais le pull offert nous va bien tant que nous ne levons pas les bras. Mais nous ne trouvons pas comment nouer élégamment notre écharpe. Mais il faut bien se résoudre à appeler les… Continue reading