Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Philippe Guerry

  • Aujourd’hui, j’ai mangé mes premiers abricots. Ils avaient un goût de trop tôt. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai saisi au vol l’amorce d’une conversation qui s’annonçait houleuse : “on va enfin pouvoir s’expliquer les yeux dans les yeux” a sévèrement engagé un des interlocuteurs. Je ne peux témoigner ensuite que de forts relents de bile. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai vu un jeune élève sortant du lycée hôtelier sauter sur son longboard en direction de la plage. Il portait la tenue de rigueur dans l’établissement : costume, chemise blanche, cravate et chaussures de ville cirées. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai vu une très jolie jeune fille se transformer en très vilain crapaud, au moment où elle s’est lourdement moquée, avec sa bande de bonnes copines, de deux promeneuses en fauteuil. C’était l’histoire de la princesse au petit pois dans la tête, aussi belle que bête. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai vu passer sous ma fenêtre une femme âgée, voutée, marchant avec une canne et coiffée, par dessus sa mise en pli, d’un gros casque audio blanc. J’aurais aimé lui demander quelle musique elle écoutait. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai croisé un petit homme rond dont le bras était pris dans un plâtre comme j’en avais eu un à neuf ans. Un vrai plâtre à l’ancienne, immobilisant le coude, épais de la paume au biceps et lui aussi couvert de dessins approximatifs. Continue reading

  • Aujourd’hui, un mail comminatoire m’a obligé dès les premières minutes du jour à d’absurdes et inefficaces démarches en ligne. J’ai ruminé toute la journée ma détestation de ce monde de déclarations et de formulaires. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai été le type tout seul dans une assemblée qui, faute de trouver une bonne âme à qui parler, tente de se donner un peu de contenance en faisant mine de chercher dans le lointain quelque chose ou quelqu’un. I’m a loser baby. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai reçu par la poste trois livres de Camille Becquet. La saveur particulière de ces éditions clandestines me donne comme rarement l’impression de faire partie d’une société secrète. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai vu ce jeune couple interrompre subitement sa marche pour s’embrasser avec volupté au beau milieu de la rue. De tout ce que je vois rouler dans les rues piétonnes, la pelle est ce qui contribue le moins à la fluidité. Continue reading