Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Philippe Guerry

  • Aujourd’hui, j’ai été sollicité à deux reprises par des inconnus pour leur donner l’heure. La première fois à midi dix, la seconde à dix-huit heures quinze. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai vu une joggeuse arrêtée sur un banc se livrer à une pédicure complète. Je ne pense jamais à courir équipé d’un coupe-ongle et d’une pierre ponce. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai cru entendre arriver une nuée vrombissante de bourdons en trottinette. Il ne s’agissait que du passage commun d’un convoi de touristes en Segway. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai observé un fumeur en terrasse qui mettait un soin et une langueur extrêmes dans l’expiration de ses volutes, comme s’il participait à une épreuve de fumerie artistique. Même la pose de ses doigts et son menton en galoche semblaient contribuer à la note finale. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai croisé un jeune père poussant une poussette avec un bras à l’envers, c’est-à-dire avec le creux du coude vers l’extérieur alors que sa main tenait normalement la poignée. Je n’ai pas réussi à distinguer s’il le faisait exprès ou s’il s’agissait d’une difformité. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai vu un cyclomotoriste coiffé d’un casque entièrement métallisé au guidon d’un scooter déglingué en plastique noir. Un genre de Mad Max habillé par Daft Punk, ou l’inverse. Continue reading

  • Aujourd’hui, je me suis amusé d’une toute jeune femme qui cherchait ostensiblement à montrer, par quelques gestes et attitudes savamment travaillés, qu’elle était pleinement de la laborieuse agitation de la ville : affairée, empressée, préoccupée. J’ai entendu le petit rire du temps. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai vu marcher sous ma fenêtre un homme qui parlait dans son portable avec le rabat de son étui qui lui couvrait la moitié du visage, un peu comme s’il reniflait les pages d’un livre. Dans l’observation de cette expérience sensorielle, il ne me manquait que le goût. Continue reading

  • Aujourd’hui, mon fils et moi avons remonté les rues de la ville avec un clafoutis dans une main, un arc et des flèches dans une autre. J’avais tout pour jouer les Guillaume Tell (j’aurais pris une cerise en lieu de pomme) mais personne ne nous a fait l’affront de réclamer une part. Continue reading

  • Aujourd’hui, j’ai vu un jeune dandy à vélo, droit comme un i, traverser la ville en costume et nœud-papillon, frais comme un gardon, sous un soleil de plomb. Quelques minutes auparavant, j’avais suivi son exact opposé, un vieux teen-ager crado, rond comme un o, roulant sa transpirante carcasse sous un bonnet de laine épaisse. Continue reading