Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien

  • Tout va bien,

    mais le livreur nous trouve en caleçon. Mais nous sommes en juillet. Mais une grosse mouche repue sort lourdement du frigo. Mais la lettre que nous voulions poster sans attendre est posée sur la console depuis quinze jours. Mais rien ne nous paraît plus important à accomplir, maintenant, que la plus futile de nos tâches. Continue reading

  • Tout va bien,

    mais les bruits de masse nous rappellent que le chantier des voisins démarre ce matin. Mais après une longue douche, nous avons inondé le sol. Mais sur le côté du pied apparaît une petite verrue. Mais tous les participants à la réunion sont plus jeunes que nous. Mais nous avons dit oui beaucoup trop vite Continue reading

  • Tout va bien, mais notre rangement au cordeau ne résiste pas à notre appétit pour le bordel. Mais nous ne savons plus pourquoi nous avons gardé certains vieux numéros de revue. Mais un pinçon à l’index rend toute manipulation douloureuse. Mais des moucherons volettent autour de la poubelle. Mais à quatre pattes sur le sol, Continue reading

  • Tout va bien,

    mais au réveil, un torticolis. Mais des médicaments nouveaux étoffent notre expérience pharmaceutique. Mais notre écriture ne ressemble pas à notre écriture. Mais le troisième recomptage donne un troisième résultat différent. Mais des petites piles de bazar essaiment dans la maison, et nous ne les voyons plus. Mais le rendez-vous fixé par le livreur n’est Continue reading

  • Tout va bien, mais depuis notre adolescence, nos grasses matinées ont fondu de plusieurs heures. Mais nous cherchons partout notre bol, bien qu’il y ait partout d’autres bols. Mais nous ressentons un dérisoire sentiment de contrôle en pliant parfaitement nos vêtements. Mais des cadenas traînent dans nos tiroirs, sans leur clé, et vice-versa. Mais plusieurs Continue reading

  • Tout va bien,

    mais on sonne avec insistance pendant que nous faisons l’amour. Mais nous nous traînons au petit matin, pas lavé, jusqu’à la supérette, en quête d’un paquet de café. Mais dans nos placards patientent des bols ébréchés en attente d’une vague de glu. Mais la dernière machine commence, quand nous découvrons sur le sol une chaussette Continue reading

  • Tout va bien,

    mais depuis des jours, à chaque course, nous oublions les coton-tiges. Mais à picorer en cuisinant, nous n’avons plus faim. Mais la courte sieste que nous envisagions se transforme en long somme, et révèle notre fatigue. Mais nous traînons des pieds avant de nous rendre à une soirée. Mais ce couple que nous croisons souvent Continue reading

  • Tout va bien,

    mais l’écran tarde à afficher la page et nous piaffons d’impatience contre notre moderne condition. Mais le bruit pétaradant d’un moteur en ville parachève notre exécration des motards. Mais une pensée nous obsède secrètement depuis des jours. Mais une douleur inqualifiable (est-ce une piqûre ? une contracture ?) nous traverse de manière fulgurante, et disparaît. Continue reading

  • Tout va bien,

    mais la nouvelle tentative d’entrée dans un livre se solde une nouvelle fois par un échec. Mais nous avons un peu de morve dans le creux de la main, et nous ne savons pas où l’essuyer. Mais trois essais au photomaton ne suffisent pas pour obtenir une seule photo d’identité acceptable. Mais à l’euphorie immédiate Continue reading

  • Tout va bien,

    Mais le moment préféré de la journée, c’est avant le lever des autres. Mais les premiers abricots achetés sur le marché sont durs comme du bois Mais nous sommes en juin Mais un client dit « c’est à moi » alors que c’est à nous. Mais l’écrivain virtuose se regarde écrire. Mais nous avançons dans notre lecture Continue reading