19 mai
Je cours une heure et trois minutes.
- La Brigade Verte coupe les rejets au pied des tamaris.
- Les gueules rondes des poubelles du front de mer débordent de cartons à pizza carrés.
- Sous le ciel d’orage gris, une mer turquoise métallique.
- Des écoliers arrivent à l’école de voile pour une classe de catamaran.
- Une chaise en bois est plantée dans le talus au-dessus de la petite plage.
- Des menuisiers finissent d’installer une charpente neuve sur une cabane ostréicole à laquelle je n’avais jamais prêté attention.
- Grand chassé-croisé d’escargots sur la largeur du chemin gravillonné de la digue. Certains reviennent de la mer, d’autres s’y rendent.
Je reçois la liasse mensuelle de mon pensum délibératif mensuel, dont je viens à bout dans l’après-midi.
Le roulement du tonnerre est parfaitement audible, l’orage doit tomber à quelques kilomètres.
Les voisins font faire des travaux, ça tape toute la journée.
Nous remplissons notre déclaration de revenus, en baisse sensible pour ma part.
20 mai
R. et moi scannons en urgence, à la chaîne, deux dossiers importants pour C., qu’elle doit envoyer dans l’après-midi, alors qu’elle doit travailler.
Alžběta, jeune écrivaine tchèque, me parle d’Édouard Levé comme d’une influence majeure pour elle. Et le roman qu’elle est venu écrire s’inspire des Choses, de Perec.
Après la rencontre, trop tard pour faire demi-tour, je m’insère dans un long bouchon, et pour de longues minutes. Aucune cause visible. J’apprendrai plus tard que c’était un accident impliquant un scooter.
21 mai
Je cours une heure et trois minutes.
- Des oiseaux – merles et pies ? – se livrent bataille pour un nid.
- Un vieux chien fatigué, de face, statique, attend que j’arrive à sa hauteur pour effectuer un quart de tour et se mettre pile dans mes pattes.
- Un cocker fait la comédie pour que son maître le monte sur le muret de la promenade, et le maître obtempère.
- Derrière moi un morceau de reggae. Je m’attends à être doublé par un DJ-cycliste. C’est bien mieux que ça : c’est un homme en monoroue, harnaché de cuir et intégralement casqué, qui remonte la promenade côtière, toute enceinte hurlante.
- Une femme négocie avec les agents municipaux une tonte personnalisée du terre-plein devant chez elle. Souhaite-t-elle qu’ils tondent, ou ne tondent pas ? Je le saurai vendredi.
- Sur la digue pas encore tondue, les hautes herbes au bord du chemin s’inclinent et se redressent à mon passage, comme des supporters sur le tour de France.
- Les kayaks de mer sont de sortie.
J’assiste à une visio pour en apprendre davantage sur un nouveau dispositif d’éducation artistique et culturel et la possibilité pour moi de proposer des ateliers d’écriture, mais rapidement je ne comprends rien, je n’ai pas l’impression que la réunion s’adresse à moi, les autres participants sont essentiellement des responsables de lieux culturels, qui portent les projets faisant appel à des artistes et qui s’enquièrent principalement de procédures à respecter, de cases à cocher, de budgets à ventiler.
Les mouches sont agressives.
Sur le chemin de la supérette, un bouquet de pelles en déshérence.

22 mai
Je finis Mes nippes, de Gabriel Bergounioux.
Comment décider que j’ai vraiment eu devant moi, à tel instant, ce détail venu du passé et pas cet autre, ni plus ni moins important ? On est à chaque instant dans la récapitulation de sa propre histoire, dans le feuilleté de son vécu, dans ses petites ruminations et on patauge dans un cercle de préoccupations qui va en se rétrécissant, jusqu’au bout.
Ils sont quatre, ils descendent du bus, ils traversent en file indienne, régulièrement espacés, un passage piétons et, depuis la voiture R. et moi les regardons passer. Ce ne sont pas les Beatles, ce sont les maçons.
Je dépose R., qui passe un oral en ville, puis je file chez ma mère.
J’apprends que l’appli Pocket va s’arrêter. Je m’en servais, moi, de Pocket, pour me constituer une mini-bibliothèque d’articles sur des thèmes divers, au gré de mes navigations. Je n’ai aucune envie de m’engager dans une sauvegarde et un transfert, d’autant que je n’ai aucune idée d’où je pourrais déposer cette collection de liens dont certains sont sans doute inactifs, et cependant, ça m’embête de les perdre, ces articles.
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Mais au fait, depuis quand court-on?
23 mai
Je cours une heure et trois minutes, avec deux brèves interruptions canines.
- Un homme téléphone depuis une nacelle au bout du bras déployé d’une grue au dessus des maisons.
- Un vieux labrador noir pataud zigue et zague devant moi à mesure que je m’approche.
- Je double deux cyclo-touristes lents.
- Les herbes folles qui m’acclamaient mercredi encore sur la digue ont été partiellement fauchées.
- Résultat des négociations d’avant-hier : le tracteur auto-porté municipal a tondu d’un côté du portail et laissé en friche l’autre côté.
- Un homme m’arrête dans ma course au retour. Il me demande si je n’aurais pas vu un vieux labrador noir pataud. Je lui dis que non, puis je lui dis que oui, un vieux labrador noir pataud bien sûr, il y a une demi-heure, ici sur la cale, mais il ne me semblait pas seul.
- Je m’arrête dans ma course quelques mètres plus loin pour informer les deux dames que je croise souvent qu’un homme sur la cale cherche son vieux labrador noir pataud et que justement, sur la plage, à distance, on distingue un vieux labrador pataud mais qu’il ne semble pas être seul. Mais si elles peuvent toutefois le signaler à l’homme à l’occasion de leur promenade, il décidera si oui ou non ce vieux labrador noir pataud est son vieux labrador noir pataud.
Vendredi, 16h30, je ne m’étonne plus de recevoir maintenant du boulot pour la semaine prochaine.
J’entame Le Cercle des poètes de la Stasi, de Philip Oltermann, qui me donne envie de revoir La Vie des autres, de Florian Henckel von Donnersmarck, que nous regardons dans la soirée.
24 mai
Je finis Le Cercle des poètes de la Stasi, de Philip Oltermann, dans un transat sur la terrasse, en le déplaçant entre chaque chapitre au gré de la course du soleil, puis dans un fauteuil du salon quand le soleil finit par trop chauffer.
A part ce journal, je n’écris pratiquement plus. J’écris dans ma tête.
25 mai
Quand je lis le journal des autres (am, stram, gram, pic, dam), ça me motive à continuer le mien, malgré la lassitude.
Je lis Mélusine reloaded, de Laure Garnier.
