Aujourd’hui, rien n’a pu me faire plus plaisir que de croiser “bleuité” dans Maintenant qu’elle est morte, elle va beaucoup mieux de Franz Bartelt, paru aux Éditions du Sonneur :
“Désirer les livres, les images, les lumières qui tombent à l’intérieur des maisons par la fenêtre ouverte. Désirer l’eau de la source, la bleuité des matins dans le jardin, quand la rumeur des fleurs épouse la clameur des oiseaux.”
Évidemment, depuis quelques temps que je m’affaire à cette série, je porte une attention accrue à ces petits mots incongrus, je les traque, je les guette. Je devine les lectures qui en seront prodigues et je ne me réjouis que davantage d’en découvrir là où je n’en attendais pas. Je venais justement de finir Mes chers amis d’Emmanuel Bove et j’en sortais bredouille. Aucunement déçu, non, tant les courts récits de Bove sont touchants de justesse. Économes dans l’écriture, sans effets superflus, sans vocables détonants mais avec une précision et un détachement dignes d’un médecin légiste. Encore au moment où j’écris ces lignes, je me sentirais prêt à pleurer au souvenir de ces quêtes déceptives d’amitié. Sur la sincérité et la consistance des rapports humains, faut pas trop me chercher en ce moment, je pars vite en vrille. Afin de rester sur ces notes tristes de sel et d’amertume, je m’attaque le soir même à ce Bartelt, qui accompagne sa mère dans les méandres sans mémoire de sa fin de vie. Même économie, à peine plus d’effets, juste de temps à autre une élégante touche d’humour désespéré. Je pressens que cette autre lecture du jour me laissera pareillement touché et pareillement bredouille mais je n’en ai que faire – je ne lis pas pour alimenter un blog – quand soudain, inattendu, absolument unique dans tout le récit par son incongruité, ce bleuité, qui agira sur le moment comme un shoot d’oxygène. Par ailleurs, je le dis, je n’ai rien à dire sur bleuité. On en comprend évidemment le sens – le caractère d’une chose bleue – mais ne me racontez pas que vous le croisez tous les jours. Les jours où l’on croise bleuité sont sans doute à marquer d’une nuit blanche. Le livre refermé, c’est d’ailleurs ce que j’ai fait, pour préparer et accueillir en grandes pompes l’accablant tumulte d’une dépression saisonnière, qui s’est invitée dans la bleuité du matin et m’a laissé groggy.
