Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Racli aujourd’hui

Aujourd’hui, je croise “racli” dans des paroles du groupe de rap PNL, rapportées dans une interview du Monde :
« J’veux du L, j’veux du V, j’veux du
G, pour dessaper ta racli, Igo on est voué à l’enfer, l’ascenseur est en
panne au paradis. »

Faire rimer racli et paradis, riche idée mais je n’y comprends rien. La racli est-elle le féminin du raclo ? rien n’est moins sûr. Dans mon souvenir le verlan était quelque chose d’assimilable au saintongeais ou à l’espagnol, il suffisait de ruminer différemment les syllabes et on retombait sur quelque chose de compréhensible. J’essaie donc clira, mais “dessaper ta clira”, ça ne me parle pas davantage. Je scrabble un hypothétique licra en me disant que “dessaper ta licra” donne un semblant de sens mais il me reste trois lettres sur mon petit pupitre : que faire de ces L, V, G supposés m’aider dans cette entreprise de dessapage ? Je comprends quand même dans l’article que PNL signifie Peace N Love et
non programmation neuro-linguistique, il n’empêche – donnez-moi un Q,
un E, un G – quel étrange saintongeais.
Je sais bien que tous les argots ont été inventés pour perdre les flics
et les bourgeois et là, manifestement, j’ai un ticket perdant. Cela
m’inquiète un peu. Je dois entamer dans les prochains jours l’écriture
de chroniques éclairées sur les influences de la chanson française. Je me prépare à mettre à nu les méandres cachés de
la francophonie et voilà qu’au moment de la dessaper, ma langue se coince dans la racli.