Bonheur portatif

par Philippe Guerry


Tout va bien,

mais il fait trop moche pour travailler. Mais les mails ne partent pas. Mais nous signons d’un gribouillis du bout de l’index l’écran graisseux du livreur. Mais le formulaire n’enregistre pas nos modifications. Mais nous découvrons qu’un mot a un sens exactement opposé à celui que nous lui prêtions. Mais nous ne nous décidons pas entre une chose qu’il faudrait faire et au moins deux choses que nous aimerions faire. Mais un oiseau se cogne pour sortir de la maison, en chiant de peur çà et là. Mais le sans contact ne marche pas. Mais la roue du vélo est à plat au moment de partir. Mais les nouvelles du malade ne sont pas bonnes. Mais tout le monde autour de nous semble avoir pris un coup de vieux. Mais nous avons les intestins travaillés par des gaz et des ballonnements. Mais nous faisons le mort, dans l’espoir qu’on nous oublie. Mais nous déraillons.