1er août
Je suis allé chercher mes exemplaires de la revue Pourtant à la Poste, puis une paire de socquettes chez le pizzaiolo, et un truc pour attacher son smartphone autour du cou à un camelot. (Je me suis coulé dans le courant du marché estival en me demandant quel plaisir on pouvait bien trouver à piétiner dans la foule.) La libraire m’a appelé pour m’informer que le journal de Peter Handke était arrivé. (J’ai essayé d’importer l’intégralité de Bonheur portatif sur Substack, sans succès.) Pourtant a imprimé un extrait de mon texte en quatrième de couverture, et un autre comme titre de partie. Je me suis rasé et fait couper les cheveux. J’ai failli rater deux pizzas sur trois.
2 août
Le vent a soufflé en rafales. J’ai écrit (de la merde) durant la nuit en écoutant les bourrasques. (La coiffeuse m’a coupé les cheveux un poil trop court.) J’ai importé Bonheur Portatif sur WordPress. (Je me suis perdu dans les méandres de l’interface.) Je suis devenu propriétaire du domaine que je labourais depuis quelques années : bonheurportatif.fr. Nous avons subi les assauts de la dépression Patricia, et regardé en famille un biopic sur Jane Austen.
3 août
(Depuis notre retour d’Angoulême, de minuscules chenilles vertes ont sévèrement attaqué le grand rosier, criblant les feuilles d’une dentelle irrégulière.) J’ai lu Élargir les seuils de Jean Prod’hom, pendant que ma chérie faisait la sieste. J’ai continué à tâtonner sur WordPress et j’ai dû m’y reprendre plusieurs fois pour modifier la mise en page bancale des posts importés. J’ai cherché comment découper six étagères dans une vieille planche de bois déformée, avant de décider qu’il serait plus sage de partir de planches neuves. (Au loin, nous avons entendu les toujours mêmes airs de variétoche de l’animation touristique hebdomadaire.) Je ne suis pas sorti de la maison de toute la journée. J’ai laissé deux SMS en suspens, et l’on n’a pas répondu à l’un des miens.
4 août
(J’ai reçu un appel matinal de la banquière, pour m’informer que mon compte pro n’était pas suffisamment provisionné pour un prélèvement à venir.) J’ai aussitôt corrigé l’oubli. Je suis allé chercher planches, vis et mèche et j’ai assemblé dans la foulée une très honnête bibliothèque qui a tout de suite trouvé sa place près du bureau de ma chérie. J’ai tourné en ville pour trouver un stationnement et j’ai réussi à me perdre dans le labyrinthe des petites rues détournées pour cause de marché. Erica Van Horn a publié de nouvelles pages de son journal, qui reste un de mes modèles. J’ai préparé une pâte pour la focaccia et deux pour les pizzas de ce soir. Junior a reçu une réponse positive pour sa demande de logement à Bratislava. J’ai cuisiné des haricots verts, peut-être pour la première fois de ma vie. Nous sommes allés nous baigner dans une mer parfaite, pleine de vagues et vide de gens. Ma chérie m’a renvoyé dans mes cordes parce que je lui coupais tout le temps la parole. Nous avons nonobstant passé une très bonne soirée avec Louis et Annie.
5 août
Le temps s’est écoulé mollement. Le journal de Peter Handke n’a pas suffi à m’empêcher de sombrer dans une sieste digestive. J’ai écrit et envoyé un texte à la revue Miroir. J’ai mis à cuire une courge longue au lieu d’une courge spaghetti. (J’ai bingé les pires bandes annonces de la rentrée.)
6 août
Nous avons reçu la visite d’Olivier. (Les voisins bruyants ont fait leur arrivée.) J’ai préparé une focaccia presque parfaite. J’ai choisi quelques photos pour un texte que j’aimerais proposer à une revue. J’ai pris avec moi mon appareil photo, dans l’idée de m’en servir à la fête du port. (Il y avait un monde de dingue, nous avons rapidement rebroussé chemin.) Nous sommes revenus par la plage plutôt que par la digue. Je n’ai pris aucune photo. Nous avons regardé Barry Lyndon, de Stanley Kubrick. J’ai reçu un mail du soir m’informant qu’un de mes textes était pris dans une revue.
7 août
(Les voisins bruyants ont considéré que puisqu’ils étaient levés, toute la rue devait être levée.) J’ai fermé la fenêtre pour que ma chérie puisse continuer à dormir. J’ai ricoché de sites en sites en lisant des articles qui m’intéressaient. Je n’ai acheté aucune sucrerie à la supérette. (J’ai un peu trop salé les pois chiches au cumin.)
8 août
J’ai trouvé le fil de la pelote pour un prochain texte. (J’ai reçu du boulot.) J’ai écouté de manière subreptice Benjamine s’accompagner à la guitare. J’ai lu en diffusant du bruit blanc au casque pour ne pas entendre les estivants dans la rue. J’ai senti furtivement l’odeur sucrée, artificielle, du sirop de fraise.
9 août
J’ai appelé notre assureur. (Je n’ai pas reçu le code provisoire pour me connecter à mon espace personnel.) J’ai retravaillé un texte dans la maison silencieuse. (Je me suis étiolé, petit à petit, durant la soirée.)
10 août
Je suis allé me baigner avec ma chérie. J’ai plié deux lessives de couleur. J’ai fait de nouvelles cartes postales. J’ai mis en forme le texte avec les photos. J’ai nettoyé les vitres du four. Je suis allé faire une promenade à vélo avec Benjamine. (J’ai vu un père de famille souhaiter à haute voix que sa gamine se casse un bras, « pour lui apprendre ».) Au loin, la fanfare hebdomadaire a massacré (entre autres titres) Aline, de Christophe, à la grosse caisse et en hurlant.
11 août
J’ai vu, avec une gourmandise vengeresse, un SUV bloqué dans les stands du marché (et verbalisé, en outre et en conséquence.) J’ai préparé la salade patate-fond d’artichaut. J’ai demandé conseil à Olivier Hodasava. J’ai vu une jeune femme lutter contre un ticket de caisse virevoltant qui ne voulait pas se laisser attraper. J’ai fait une focaccia. J’ai posté une carte à Benjamine. J’ai plié le blanc. J’ai mangé une gaufre avec ma chérie et Cadette, face à un feuilleté de soleil couchant. J’ai été subjugué par un ballet de nuages islandais. J’ai fini de lire Le Poids du monde, de Peter Handke.
12 août
(Les estivants d’en face ont passé leur matinée à s’engueuler avant de quitter leur location.) Dans les rues, par les fenêtres, j’ai apprécié le concert d’aspirateurs des vacanciers sur le départ. J’ai fixé une étagère supplémentaire à la grande bibliothèque, et mis un semblant d’ordre sur le bureau. J’ai regardé un documentaire sur une vieille femme qui vit paisiblement dans les Vosges. J’ai vidé les tiroirs de mon bureau et fait du tri. J’ai jeté plein de papiers. J’ai retrouvé un billet de 10 € dans une enveloppe. Je me suis lancé dans une recette inédite de moussaka végétarienne. Je me suis inquiété de la quantité d’aubergines requise par la recette. Le résultat a été top.
13 août
Je n’ai pas su comment complètement enlever le Cantal râpé figé dans les barbillons de la râpe. J’ai continué mon tri sévère : vieux textes, vieilles photos, vieux papiers. J’ai relu les deux volumes du Petit Christian de Blutch (et Rancho Bravo, et quelques histoires que j’aime particulièrement dans Mish Mash). J’ai enfin lu Paysage fer, de François Bon, qui attendait depuis de longs mois sur la pile, et dont je retardais la lecture, pour des raisons qui m’échappent. Je ne suis pas sorti de la journée (le pic de fréquentation estivale m’incite à ce retranchement volontaire.) Je me suis couché après la lecture de Waldo’s bar.
14 août
J’ai voulu savoir à quelle heure chantait le premier oiseau dans la nuit : 4h24. (Je n’ai dû me rendormir que vers 6h.) J’ai découvert Ben Vida et je l’ai écouté plusieurs fois dans la journée. J’ai reçu une nouvelle commande d’articles. Olivier Hodasava m’a répondu. Nous avons reçu une carte postale de Suède, d’Emmanuel. J’ai bouquiné tout l’après-midi. J’ai commencé à regarder un film de Mocky avec Bourvil sur Arte, que j’ai abandonné rapidement. J’ai laissé mon portable avec une alarme sur le bureau de Junior, qui s’était endormi avant le dîner et devait se lever au petit matin pour aller bosser. J’ai relu les deux volumes de Blotch, de Blutch. Je ne suis pas sorti de la journée.
15 août
Je me suis réveillé peu après 4h. Dans la nuit, sans portable sous la main, dans le silence, j’ai pensé à cette phrase dont l’origine m’échappe : » i miss my pre-internet brain. » (J’ai téléchargé des logiciels immédiatement signalés comme malveillants par mon antivirus.) Je les ai tout aussi vite supprimés. J’ai fait une vraie bonne sieste. J’ai entendu Benjamine jouer Le courage des oiseaux depuis son donjon. J’ai écrit la centaine de fragments d’un nouveau texte. Je suis juste sorti faire un tour à la supérette.
16 août
J’ai repris le boulot sans déplaisir, la différence n’est pas énorme avec le quotidien de mes vacances : je suis chez moi et j’écris. Je me suis occupé des démarches préalables au vidage d’un garde-meuble. Je suis allé moi-même relever la carte postale que j’avais adressée à Benjamine quelques jours plus tôt. Pour la première fois depuis de nombreux jours, j’ai pris la voiture pour sortir de la ville. J’ai fait une purée maison, au grand bonheur de toute la famille. (Au moment de vouloir y accéder, je me suis aperçu que tout mon dossier « Philippe book club » avait disparu de mon cloud.) Je l’ai retrouvé sur mon disque dur externe, fort heureusement. J’ai mis en page le texte écrit hier. Au moment de me coucher, j’ai réalisé que je n’avais pris aucune note pour ce journal. (Une jeune touriste a considéré qu’interpeller sa mère à l’autre bout de la rue, à près de minuit et sous nos fenêtres ouvertes, pour lui demander d’aller voir ce qu’elle venait de poster sur WhatsApp était quelque chose d’acceptable.)
17 août
J’ai réservé un utilitaire pour vider le garde-meuble, non sans prendre le risque de compromettre nos finances. J’ai fini mon premier gros travail de rentrée. (L’estivante pas finaude de la maison bleue a remonté la rue en traitant ses filles de connasses.) Ma nièce a proposé de fêter son anniversaire chez nous. J’ai fait une fougasse pour penser à autre chose. Je suis allé me baigner et regarder la foule sur la plage. J’ai aperçu une cousine à la terrasse du bar du bout de la rue et je ne suis pas allé la saluer. (Le volume de l’animation de rue hebdomadaire nous a obligé à fermer les fenêtres.) J’ai trouvé cette journée harassante.
18 août
Je me suis réveillé une première fois à 5h46, dans une chambre légèrement tiède. J’ai fermé volets, fenêtres et rideaux à 11h, pour tenter de garder un peu de fraîcheur dans la maison. J’ai travaillé mollement, sur des sujets moyennement intéressants, et fait une sieste. J’ai rouvert à 19h, après m’être amusé à faire des aller-retours au thermomètre entre l’intérieur et l’extérieur. Je suis passé voir ma mère à la fraîche.
19 août
Je me suis réveillé à 6h40. Il est tombé une pluie bienvenue, qui a révélé les odeurs végétales de la rue (et l’odeur du vinaigre aussi). La ville s’est sensiblement vidée, malheureusement pas des locataires d’en face, qui parlent mal à leur enfant. J’ai fait un petit tour virtuel du campus de Bratislava, mais je n’ai pas pu franchir les portiques des dormitory rooms. J’ai préparé des galettes aux légumes, à améliorer. J’ai joué avec les consignes d’écriture de Laura Vazquez, sans être convaincu du résultat. J’ai regardé un documentaire sur Harry Gruyaert sur Arte. Je n’ai rien fait d’autre de l’après-midi, ni de la soirée d’ailleurs. J’ai glandé sur l’ordi, au frais.
20 août
Je me suis réveillé un peu avant 3h et j’ai tourneviré dans mon lit sans parvenir à me rendormir. Ce n’était pas dû à la canicule, la chambre était plutôt fraîche. J’ai cru qu’un chat fouillait dans les poubelles mais le bruit était trop régulier. (J’ai senti comme une odeur de poubelle de salle de bain.) Nous avons fait un bref survol de bandes annonces avec Benjamine, en prévision de projections. J’ai fait une sieste. J’ai échangé quelques SMS avec Jean-François et Olivier. J’ai lu Seyvoz, de Maylis de Kerangal et Joy Sorman, dans le patio où il y avait un peu d’air. Je me suis baigné en fin d’après-midi avec Benjamine et ma chérie. Laquelle a résolu l’énigme du bruit de froissement de la nuit passée : il s’agit d’une bande de masquage oubliée par les gars du chantier d’à côté qui claque et frotte contre la gouttière. J’ai ouvert la maison pour faire entrer un peu de fraîcheur.
21 août
Je me suis réveillé à 2h59. Vu la récurrence actuelle de mes réveils en pleine nuit, j’ai pensé à cette histoire de sommeil fractionné en deux périodes qu’entretient le personnage dans Seyvoz. J’en ai profité pour reprendre quelques notes à la faible lueur de mon smartphone, guettant un signe annonciateur du retour du sommeil. (En plus du frottement sporadique du ruban de masquage sur la gouttière, j’ai entendu dans la nuit le ronflement du locataire d’en face.) Je me suis levé dans une maison fraîche. Je me suis tout de suite occupé, avec succès, du changement d’horaire de location pour demain. SFR m’a appelé et m’a laissé un air de flûte en guise de message. SFR m’a rappelé pour me demander exactement les mêmes infos que lors de l’ouverture de ligne. Puis SFR m’a envoyé un sms, puis deux mails, toujours pour me confirmer le rendez-vous qui était déjà calé. J’ai avancé plus que prévu dans mon travail. Nous avons réussi à évoluer à une température acceptable toute la journée, jusqu’à l’ouverture en grand de la maison. Junior est revenu excédé de sa journée de travail.
22 août
Il a fait plus chaud, plus tôt. Ma carte bleue a validé le dépôt de garantie prohibitif de la location de l’utilitaire. Nous avons vidé le box dans l’utilitaire. Nous avons vidé l’utilitaire dans le garage de ma mère. J’ai rendu le camion de location, sans pépin, et avec soulagement. Le jeune commis à la réception des véhicules l’a d’ailleurs noté : « Rien à cignaler ». J’ai accompagné Junior chez le dépanneur, qui lui a résolu son problème d’ordinateur en 20 minutes.
23 août
J’ai éclaté un moustique qui me tournait autour en plein vol. J’ai envoyé toutes les petites conneries de ma liste de choses à faire. J’ai envoyé un mail à Beyrouth (je crois.) J’ai senti la température monter degré par degré et je ne l’ai pas vue redescendre. J’ai allumé le four pour cuire deux fougasses. Nous avons annulé le repas familial du soir. J’ai regardé le début du concert de King Gisard & the Lizard Wizard sur Arte. Nous sommes allés nous baigner une première fois avec ma chérie. Puis une deuxième fois avec Junior, ma sœur et mes nièces. Puis une troisième avec les mêmes plus Benjamine.
24 août
Nous nous sommes installés, Junior ma chérie et moi, devant la baie vitrée du salon et nous avons regardé l’orage nous passer dessus. J’ai complété ma collection de lieu d’attente en pleine conscience, chez l’orthodontiste de Benjamine. J’ai reçu un mail de Beyrouth (je crois.) J’ai commandé de nouvelles affiches pour l’expo à venir. J’ai fait une longue sieste. J’ai travaillé avec peine, me contentant de quelques relectures ou mails. J’ai échangé avec Cadette, qui souffre plus que nous dans sa petite maison de ville. J’ai rafraîchi les pages de sites météo pour ne pas rater le moment où cette canicule allait prendre fin. Nous sommes allés nous baigner avec ma chérie. Benjamine m’a branché sur ses goûts pour des histoires de maison inquiétante, à l’instar de La Maison des feuilles, quelle est en train de dévorer. La fraîcheur est enfin arrivée. Nous avons tout ouvert. Nous avons fermé quand la pluie est tombée. Nous avons tout rouvert quand la pluie a cessé, cinq minutes plus tard, à peine. J’ai navigué de bandes annonces en bandes annonces, jusqu’à m’échouer sur des vidéos de Mr Fraize.
25 août
J’ai proposé un titre et un texte de présentation pour l’expo de nos travaux d’atelier. J’ai proposé un lieu et une heure pour l’interview de mon illustratrice beyrouthine. J’ai replongé dans l’écriture des brèves du rapport pour la ville. (J’ai presque eu froid, en tout cas j’ai fermé la porte vitrée de la pièce où j’écris.) J’ai soutenu Benjamine qui craignait de tomber dans les pommes. La cuisson à la poêle des gyozas a complètement foiré.
26 août
J’ai contacté le réparateur de vélo. Les Belges sont arrivés. J’ai entendu deux touristes sortant de leur voiture s’étonner : « C’est fou, c’est même pas payant. » J’ai été arrêté dans la rue par d’autres touristes en quête d’un resto « familial, sympa, pas trop cher et pas trop touristique ». J’ai été un peu en peine de leur répondre. Je suis quand même revenu sur mes pas pour les retrouver et leur recommander un lieu un peu plus éloigné du centre. J’ai accompagné Junior à la gare. Je suis resté à la barrière du parking qui affichait complet, alors que des dizaines de places libres étaient visibles. L’opératrice à l’interphone m’a dit qu’il s’agissait de places réservées aux loueurs et qu’elle ne pouvait pas m’ouvrir (et qu’elle était désolé, avant de raccrocher.) Je suis allé me baigner avec ma chérie. J’ai échoué à recopier un captcha (je suis peut-être un robot.) J’ai parfaitement réussi la cuisson des gyozas. Nous avons regardé La Montagne, de Thomas Salvador.
27 août
(Nous avons été à court de café et la supérette était encore fermée.) J’ai papoté avec la mamie qui a laissé passer tout le monde devant elle. Nous nous sommes plaints de l’air frais (nous avons déjà oublié la canicule.) J’ai fait un essai de démontage de notre lampe sur pied, pour savoir si celle que ma chérie allait acheter tiendrait dans la voiture. J’ai lu avec amusement qu’Anne Savelli avait aussi passé son temps à rafraîchir la page de Météo France pour faire venir la fraîcheur (combien avons-nous été à agir ainsi ?) Je me suis baladé virtuellement à Najac, pour voir si la langue de bronze que l’on aperçoit dans le journal hebdomadaire d’Arnaud de la Cotte a été installée. Je n’ai rien trouvé, pas même l’emplacement aperçu sur une maquette dans la vidéo. J’ai appelé ma mère, qui a détricoté le plan fixé avec ma sœur. Ma sœur m’a appelé, qui a détricoté le plan fixé avec ma mère. J’ai gagné une heure dans l’affaire. Nous avons installé Camille. Je n’ai pas voulu voir, dans le couloir, sa voisine de chambre, en couche, dénudée. Nous avons regardé Vincent n’a pas d’écailles, de Thomas Salvador.
28 août
J’ai entendu gratter dans la cloison des toilettes sans décider s’il fallait que je m’en inquiète ou non. J’ai aussi mis du temps à décider dans quel ordre je devais faire les choses aux quatre coins de la ville. J’ai pris des photos du futur lieu d’expo dans un hall désert, mais sous l’œil de caméras. Je n’ai trouvé que très peu de secrets prêts à être accrochés, la plupart des accroches sont trop courtes et j’ai décidé d’emporter tout le carton. (J’ai senti la pédale d’embrayage céder sous mon pied.) (Et l’embrayage me lâcher.) Un couple en voiture a pris la peine de se garer pour m’aider à pousser la voiture sur une place de parking. L’assurance a promptement envoyé un dépanneur. Viki m’a offert un café pour me faire attendre. Je me suis appliqué, à l’arrière du coffre grand ouvert, à empaqueter mes secrets avec de la ficelle. J’ai assisté à une scène de gare, entre une mamie asthmatique légaliste et une jeune fumeuse effrontée. (J’ai courageusement regardé ailleurs, et évité leur wagon.) J’ai été contrôlé et j’étais en règle. Mon lacet s’est défait, pour la deuxième fois de la journée. Cadette nous a annoncé l’autre nouvelle de la journée. Le texte proposé à Dissonances a été accepté. Un post sur Dreamlands m’a plongé dans un petit vertige.
29 août
J’ai mis du temps à m’endormir. J’ai eu du mal à me réveiller. J’ai improvisé une salade de feuilles, de tiges, de cœurs et de pousses. J’ai fait une sieste derrière la grande baie vitrée ensoleillée. Le garagiste a été franc sur les travaux à faire sur la bagnole, et sur leur pertinence. Margaux m’a annoncé qu’elle quittait son poste. J’ai remis trois commandes à trois commanditaires.
30 août
J’ai détricoté mes secrets. J’ai reçu le certificat de scolarité de Cadette, qui doit permettre de débloquer les démarches d’inscription de Junior. Il y avait une erreur sur l’adresse, et j’ai bidouillé le pdf pour la corriger. « Artisan Rocky » a sonné pour me glisser dans les mains un flyer auto-promotionnel et me vanter son expérience locale : « C’est moi qui ai peindu la petite boutique un peu plus bas. » J’ai gentiment décliné ses offres de service. J’ai retricoté mes secrets et Cadette m’a montré quelles boucles il fallait faire. J’ai trouvé la bonne idée pour accélérer l’accrochage de vendredi. Je suis allé acheter de la ficelle, des goulottes électriques, du petit tasseau à section carrée, et les plus petites vis possibles. J’ai scié, percé, vissé, enfilé. J’ai accompagné Junior au magasin de sport pour acheter son sac de voyage. J’ai accompagné Junior et Cadette jusqu’à la salle de concert. La pleine lune, au retour, était magnifique. (J’ai doublé un motard inconscient, à fond sur sa 125, sans aucun éclairage, sur la rocade.) J’ai récupéré la belle vieille cage à oiseaux laissée sur le trottoir par la voisine.
31 août
Au moment où je me suis décidé à aller marcher, j’ai constaté qu’il pleuvait. La page facebook que j’ai visitée n’a pas affiché les images mais une description possible de celles-ci par une intelligence artificielle. J’ai sauvegardé « Peut-être une image en noir et blanc d’une personne ou plus, cheveux blonds, personnes qui fument, cigare, cigarette, stylo et texte », « Peut-être une image de Superman, affiche et texte », « Peut-être une image de boisson, cocktail de fruits et texte », « Peut-être une image de personne, saut en parachute, dirigeable, hélicoptère, parachute, nuage et texte », « Peut-être une image de une personne, gobelet, gourde, lunette et texte », « Peut-être une image de personne, vautour, costume, smoking et texte », « Peut-être une image de raffinerie de pétrole et texte », « Peut-être une image de texte ». Et d’autres encore. Je suis allé faire quelques pas sur la plage. On aurait dit le mois d’octobre.

